Tout le monde, en France au moins, connaît l’énorme Demis Roussos (au premier sens du terme), son ventre, sa barbe, sa coupe de cheveux chauve, ses vêtements et sa voix ridicules. Mais tout le monde ne sait pas forcément qu'entre 1967 et 1971, Demis Roussos était bassiste chanteur d'un groupe psychédélique grec pas mauvais nommé Aphrodite’s Child.
Bon, c'est vrai, il y a quand même encore beaucoup à jeter dans la discographie de Aphrodite's Child, mais par exemple, Let Me Love, Let Me Live, extrait de leur deuxième album, It's Five O'Clock (1969), est un sacré bon morceau de psychédélisme. Une mélodie très répétitive, une batterie bien lourde mais qui roule, un orgue passé par une pédale wha-wha et divers effets, un final bien long qui part en vrille et en plus, Demis Roussos ne monte pas trop dans les aigus (en fait, c'est normal, c'est pas lui qui chante mais le batteur !) et sa basse est simple et bien sentie (là c'est bien lui). Avec tout ça, ce morceau parvient à atteindre les sommets du psychédélisme européen continental.
Au début des années soixante, la Grèce n'échappe pas aux vagues Rock'n'Roll et Garage Beat qui submergent la jeunesse mondiale. Demis Roussos n'est pas épargné et il sera bassiste chanteur de plusieurs petits groupes de reprises. De son côté, Vangelis Papathanassiou fera partie d'un groupe pop au succès national, The Forminx.
Début 1967, attention petit exercice de diction, répétez cinq fois la phrase qui suit, Vangelis Papathanassiou (claviers, arrangements), Demis Roussos (chant, basse), Loukas Sideras (batterie, chœurs) et Anargyros Koulouris (guitare) décident de monter ensemble un groupe psyché sous le nom de The Papathanassiou Set. Mais le 21 avril, la Grèce est victime d'un coup d'état militaire et sous le régime instauré par le général Papadopoulos (rien à voir avec Tintin), il n'est pas facile d'être un groupe de rock psychédélique ! Contraint dès 1968 à l'exil, le groupe décide de partir tenter sa chance à Londres sans le guitariste, service militaire oblige. Mais ils se font refouler à la frontière anglaise, leurs papiers ne sont pas en règle et ils se retrouvent coincés à Paris lors des évènements de Mai 1968… Baste ! Paris ou Londres, quelle différence ?! Vangelis va obtenir un contrat chez Philips, filiale de Phonogram, sous le label Mercury pour la France et Vertigo pour l'Angleterre (c'est pas toujours simple ces histoires de Maisons de Disques !). Ils choisissent alors de s'appeler Aphrodite's Child, clin d'œil à leur nationalité grecque. Leur premier 45 tours sera Rain And Tears, hit instantané qui sera numéro 1 dans plusieurs pays européens. Malgré une batterie bien syncopée, un petit clavecin mignon et une mélodie entêtante, c'est une sombre daube slow commerciale, une parmi la multitude de pâles copies du Whiter Shade Of Pale déjà bien pâlot de Procol Harum…
Fort de ce premier succès, le groupe entre en studio pour enregistrer un album, End Of The World, sorti en Octobre 1968. Don't Try to Catch a River est un bel exemple de mélange pop-soul-psyché bien en vogue en cette fin des années soixante. Le final de Valley of Sadness est plutôt réussi et You Always Stand in My Way est presque agressif ! Bref, cet album est écoutable si, comme moi, on a un faible pour le son des late-sixties.
Le disque marchera bien partout en Europe et le groupe va entamer une longue série de concerts au grand désespoir de Vangelis Papathanassiou qui, à l'instar du bien-plus-génial Brian Wilson, est plutôt casanier. Pour enregistrer leur deuxième album, grâce à leur frais succès, ils auront tous les papiers nécessaires pour se rendre en Angleterre, au Trident Studio de Londres, nouveau studio d'enregistrement à la mode.
Sorti en Octobre 1969, It's Five O'Clock, aura également beaucoup de succès. Let Me Love, Let Me Live est le premier 45 tours à en être extrait et il sera numéro 1 en France. La production de Funky Mary est assez étonnante avec une batterie très présente, les cymbales foisonnantes, le vibraphone aérien et la mélodie un peu décalée. Mais un poil trop long pour être vraiment une réussite.
Le groupe repartira en tournée, cette fois sans Vangelis, remplacé sur scène par Lakis Vlavianos et rejoint par Anargyros Koulouris qui a fini son devoir de citoyen grec. Vangelis, outre la composition et l'enregistrement de morceaux pour d'autres chanteurs ou pour des films, en particulier les films animaliers de Frédéric Rossif, va s'atteler à la réalisation d'un double-album concept sur le thème de l'Apocalypse selon Saint Jean. C'est un long disque un peu indigeste (encore plus que les précédents !) et trop prog-rock pour moi. You Always Stand In My Way est quand même pas trop mal fait et écoutable en entier, contrairement à la majorité des chansons de ce disque. 666, c'est son titre, est quand même considéré par certains comme leur chef d'œuvre (mais bon, il y a aussi des gens - sans doute les mêmes - pour dire que Genesis ou Yes sont d'excellents groupes !). Plus d'un an d'enregistrement, durant lequel le groupe va se disloquer, Demis le rocker (je vous jure que j'ai lu ça !!) n'aime pas le prog-rock trop vaporeux… Lorsque l'album sort en 1972, après des mois de tergiversation du label qui craint l'insuccès, tous les Aphrodite's Children sont déjà passés sur des projets solos.
Le gros Demis fera la carrière de chanteur de variété que l'on sait.
Vangelis continuera à écrire des chansons et des musiques de film et sera considéré comme un des précurseurs de la musique électronique.
Je ne sais rien des autres !
S'il n'y a qu'une chose à garder de ce groupe, c'est bien Let Me Love, Let Me Live, alors profitez !
End Of The World, en live :
Rain And Tears, play-back à la télé:
The Forminx dans un film en 1962:
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