dimanche 6 février 2011


Continuons aujourd'hui notre tour du Mersey Beat avec 4 groupes incontournables (ou presque).

The Merseybeats Fortune Teller
Les Merseybeats était un groupe à fille spécialisé dans les ballades légèrement sirupeuses et un peu indigestes. Mais ils ont fait quelques bonnes pépites, comme Fortune Teller, faces B de leur premier 45 tours, sorti en aout 1963. Ce morceau est la reprise d'une composition de Allen Toussaint, Rythm'n'Bluesman de la Nouvelle Orléans et il a été interprété par de nombreux groupes comme les Rolling Stones, les Hollies, les Who, Strawberry Alarm Clock mais aussi les Dogs (un des meilleurs groupe de rock français dont je parlerais certainement un de ces quatres).
La version des Merseybeats est très réussie, en partie grâce à la batterie bien sèche avec ses doubles coups de caisse claire, les percussions qui sonnent comme des grillons asthmatiques et, bien sûr, le riff de guitare et la mélodie. Ils ont beau être un groupe à tubes pour les filles, les Merseybeats avaient un son plutôt roots, limite garage et ça, ça me plait.
L'histoire du groupe démarre fin 1960 avec The Mavericks, un duo à la Everly Brothers (les deux enfants sur la photo) composé de Tony Crane (guitare, chant) et Billy Kinsley (basse, chant), le noyau dur. En voyant les Beatles à la Cavern en 1961, les deux jeunes amis décident qu'il est temps de monter un groupe complet et ils font appel à David Elias (guitare) et Frank Sloane (batterie). Comme tout le monde, ils jouent à la Cavern où Bob Wooler les renomme The Mersey Beats, avec l'accord de Bill Harry, fondateur du journal du même nom. Très vite, Merseybeats s'écrit en un seul mot et les petits nouveaux sont remplacés par John Banks (batterie) et Aaron Williams (guitare). Ils sont un temps managés par Brian Epstein mais le groupe est mécontent car ils ne bénéficient pas de la même attention que les Beatles et le contrat prend vite fin après quelques engueulades.
Fontana les signe et tous leurs 45 tours se placent dans les charts. On dit à l'époque que c'est le troisième groupe le plus populaire d'Angleterre juste derrière les Beatles et les Rolling Stones.
Courant 1964, Bill Kinsley quitte néanmoins le groupe pour monter The Kinsleys (l'aurait pas un peu pris la grosse tête le gars ?) et il est remplacé par Johnny Gustafson (voir Big Three article précédent). Mais Johnny Gus ne restera pas longtemps car il est viré lorsqu'il demande comment sont partagés les gains… Et The Kinsleys n'arrive pas à décoller alors Bill Kinsley retrouve sa place. Mais les Merseybeats ne retrouveront plus la route du succès. Après quelques mouvements de personnel, le groupe se retrouve duo d'origine sous le nom de The Merseys et fera un nouveau gros tube en 1966, Sorrow, avant de se séparer.
L'intérêt de ce groupe réside à mon avis dans ses morceaux où le mélange de Mersey Beat avec un Rythm'n'Blues plus sauvage et une production limite garage est réussi, comme Fortune Teller, Funny Face, You Can't Judge A Book By Its Cover ou I Stand Accused (repris par Elvis Costello). Ils ont aussi produit du pur Mersey Beat de bonne facture comme Really Mystified, Last Night (I Made A Little Girl Cry) ou My Heart And I.

The Escorts - The One to Cry
The Escorts, composé de Terry Sylvester (guitare, chant), Mike Gregory (basse, chant), John Kinrade (guitare) et Pete Clarke (batterie) est un petit groupe mineur de la seconde vague du Mersey Beat. Ils n'ont composé aucun de leurs morceaux et n'ont pas un son très reconnaissable.
Malgré Cela, ils ont sortis six 45 tours entre 1964 et 1966 parmi lesquels on dénombre quelques bons morceaux bien représentatifs du Mersey Beat liverpudlien :
Don't Forget To Write est une jolie petite ballade mélancolique ;
C'mon Home Baby est un mid-tempo gai et plutôt dansant ;
Let It Be Me est un slow langoureux et tire-larmes.
Leur seule entrée dans le top 50, à la 49eme place !, fut leur second single The One To Cry.
Et c'est logique :The One To Cry est assez unique car c'est 1'55" de joie sautillante, servie par une belle petite mélodie entraînante, alors que le gars pleure, pleure, pleure, pleure !
C'est Ringo Starr qui plaça les Escorts en résidence au Blue Angel Club de Liverpool en 1962.
En 1963, c'est à nouveau Ringo, épaulé par George Harrison, qui leur attribua le premier prix d'un concours auquel participaient 80 groupes : un passage télé et un contrat avec Decca. Après l'enregistrement, Decca précisa que le prix n'était en réalité qu'un test et refusa le contrat aux Escorts. Ils seront finalement signés par Fontana, comme les Merseybeats.
Leur premier 45 tours était une reprise de Dizzy Miss Lizzy et ils l'ont sortie avant les Beatles. Il parait que ce disque remporta un vif succès au Texas… mais ce fut le seul endroit sur terre.
Sur leur dernier 45 tours, Paul Mc Cartney joue du tambourin, trop la classe !
En 1964, les Escorts furent nommés neuvième meilleur groupe de Liverpool par les lecteurs du Mersey Beat. Neuvième, on se dit que c'est pas terrible. Mais quand on sait qu'à cette époque, il y avait pas loin de 400 groupes dans la ville, dont les Fab Four et quelques autres abonnés au hit-parade, ce n'est pas si mal. En tout cas, ils font les fièrots sur leurs photos !
Terry Sylvester quitta le groupe en 1965 pour rejoindre les Swinging Blue Jeans (voir plus bas) avant de remplacer Graham Nash chez les Hollies en 1968. Finalement un beau parcours comparé à celui de son remplaçant, Paddy Chambers, ancien Faron's Flamingos (voir article précédent) et ancien Big Three dernière mouture (voir article précédent aussi) dont, malgré leurs qualités, aucun ne perça. Paddy Chambers, l'homme qui savait choisir ses groupes pour la loose commerciale !
Le groupe se sépara en 1967 sans passer par la case freak-beat ou psychédélique.
En 1983, c'est Elvis Costello qui demandera au label Edsel, bien connu des amateurs de pop anglaise 60's, de sortir une compilation de tous les 45 tours des Escorts, From The Blue Angel du nom de leur club de résidence.
Pour The One To Cry, merci à lui !

The Swinging Blue Jeans - Shaking All Over
Avant de devenir un groupe Mersey Beat à succès, les Swinging Blue Jeans s'appelaient les Swinging Bluegenes (notez la subtile nuance… peut-être qu'à cette époque ils ne savaient pas comment écrire blue jean ?) et ils jouaient du Jazz traditionnel et du Skiffle depuis 1957. Le groupe comprenait à l'époque 2 basses et un banjo. C'était le groupe résident de la Cavern lorsque c'était encore un club de Jazz. Ils y jouaient tous les vendredis, samedis et dimanches soir. Lorsqu'en 1961 le propriétaire du club décide d'ouvrir les jeudis soir, il leur demande, bien sûr de jouer aussi ces soirs-là, mais également d'inviter d'autres groupes. Parmi leurs premiers invités, il y aura… les Beatles. Alors, merci qui ? Merci les Swinging Bluegenes ! Même si à l'époque, ils croyaient que les Beatles étaient un groupe allemand…
Lors du passage obligé au Star Club d'Hambourg, le succès n'est pas au rendez-vous car leur musique est, à juste titre, jugée passée de mode et ringarde par le public. Dès leur retour à Liverpool, ils adoptent le style Mersey Beat et se séparent du banjo et de la double-basse. A ce moment, le groupe est composé de Ray Ennis (guitare, chant), Ralph Ellis (guitare, chant), Les Braid (basse, chant) et Norman Kuhlke (batterie, chant).
Rapidement signés par HMV (filiale d'EMI), ils sortent deux 45 tours sans grand succès puis leur troisième galette, Hippy Hippy Shake, un des tubes de la Cavern repris par tous les groupes liverpudliens, fera un carton fin 1963.
Le succès du groupe durera le temps de la mode Mersey Beat, soit à peu près deux ans.
Après, ça se gâte un peu et malgré un changement de personnel fin 65, Ralph Ellis remplacé par Terry Sylvester des Escorts (voir plus haut), le groupe ne saura pas évoluer dans l'air du temps et il disparaitra des charts. C'est d'ailleurs bizarre que Paddy Chambers, l'homme-loose de Liverpool, le Liverpooloose, ne les ai pas rejoint à ce moment ! C'est certainement parceque le groupe ne cessa cependant jamais son activité en tournant dans les cabarets et les bars, avec un personnel variable autour de Ray Ennis et Les Braid jusqu'au décès de celui-ci en mai 2006.
Les Swinging Blue Jeans avaient un vrai talent pour les mélodies catchy et les chants à deux, trois ou quatre voix. Leur version de Shaking All Over est un pur moment de bonheur : la batterie est bien chaloupée, écoutez les coups de grosse caisse/cymbale qui appuient bien lourdement les fins de phrases du refrain et les roulements exécutés comme dans un souffle tout à fait en phase avec le riff de guitare. La voix pleine d'écho semble déborder des enceintes. Le couple de cordes étouffées basse/guitare claque comme il faut et apporte une base solide au morceau. Et le solo de guitare ! Quelle envolée ! Quel son ! Quel écho ! Du bien bel ouvrage.
On retrouve cette maîtrise dans bon nombre des morceaux des Swinging Blue Jeans comme You're No Good ou Promise You'll Tell Her.

The Searchers - Needles And Pins
Enfin, comment parler du Mersey Beat sans évoquer les Searchers ? En 1963, John Lennon ne déclarait-il pas qu'ils étaient le meilleur groupe de Liverpool, déclenchant ainsi leur succès immédiat ?
Les Searchers, canal historique, se composait de Mike Pender (guitare, chant), Chris Curtis (batterie, chant), John McNally (guitare, chant) et Tony Jackson (basse, chant principal).
Comme les autres, ils ont commencé en faisant du Skiffle dès 1959 avant de passer au rock'n'roll.
Comme les autres, ils ont joué à la Cavern de Liverpool et au Star Club de Hambourg.
Comme les autres, ils ont profité du succès des Beatles pour obtenir un contrat avec une maison de disques (PYE, comme les Kinks et d'ailleurs leur batteur ressemble un peu à Ray Davies !) et pour passer à la télévision dans l'émission Thank You Lucky Stars.
Mieux que les autres, mais avec l'aide du fabulous Fab Four, dès leur premier 45 tours, Sweets For My Sweet, reprise d'une chanson des Drifters écrite par Doc Pomus et Mort Schuman, ils décrochent un numéro 1 au hit-parade anglais. Malheureusement pour nous, pauvres petits français, cette chanson a été massacrée à la même époque, sous le titre ridicule Biche ô Ma Biche, par cet horrible minet de Frank Alamo et il est dès lors impossible pour moi de l'apprécier à sa juste valeur… Bon, il faut reconnaitre que, même par les Searchers, ce morceau n'est pas terrible mais, au moins, les musiciens assurent !
Leur deuxième 45 tours, Sugar And Spice, monte à la deuxième place du top 50. Encore un morceau très commercial à la limite du supportable.
Leur troisième 45 tours, Needles And Pins, une reprise de Jackie DeShannon, en mieux, en Mersey Beat ! va se percher tout en haut du hit-parade et cette fois, le morceau est de qualité.
Le quatrième, Don't Throw Your Love Away, sera également numéro 1.
Quel palmarès !
Caractérisés par un son très clair et cristallin, les Searchers peuvent se vanter d'avoir influencé les Byrds au moins autant que les Beatles. Il n'y a qu'à comparer les intros de I Feel A Whole Better des américains avec celle de Needles And Pins pour s'en assurer. Mais ce n'est pas tout ! On peut aussi remarquer de troublantes similitudes dans l'utilisation des douze-cordes et dans les harmonies vocales. Bref, sous des airs un peu popinets Mersey Beat, les Searchers furent des pionniers du folk-rock américain !
En juillet 1964, Tony Jackson quitte le groupe, déçu par la tournure trop pop que prend le groupe, lui, il préfère le rock'n'rRoll et par le leadership dont s'est emparé Chris Curtis en imposant les morceaux à reprendre. Il est remplacé par Frank Allen et avec lui, le groupe continuera à faire quelques tubes comme Walk In The Room, une autre reprise de Jackie Shannon avec son riff qui annonce Mister Tambourine Man, Goodbye My Love avec cette mélodie entêtante et ces étranges "roulements de guitares" à saturation naturelle ou He`s Got No Love, pleine d'écho et de guitares pour n'en citer que quelques-uns...
En 1966, Chris Curtis quitte le groupe, lessivé par 6 ans de tournées incessantes.
Leur contrat avec Pye prend fin en 1967 bien que le groupe continue a sortir de bons morceaux... mais ils ne sont plus à la mode.
Comme les Swinging Blue Jeans, les Searchers ont cependant continué à faire la tournée des bars et des cabarets et il parait que quelqu'un les a encore vu sur scène la semaine dernière !
Information à vérifier...
En prime et en guise de conclusion, un deuxième morceau beaucoup moins connu des Searchers, Lovers, la face B de leur avant-avant-dernier 45 tours pour Pye, sorti en janvier 1967, ce n'est plus du Mersey Beat :

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