dimanche 6 février 2011

Nada Surf, bonne pop



La douceur mélancolique de Troublemaker, son rythme langoureux, ses petits chœurs discrets et délicats, ses ruptures multiples et son break power-pop qui déclenche un changement assez radical d'ambiance sont quelques-unes des raisons qui font de ce titre mon morceau préféré de Nada Surf.



Dans les années 80, Matthew Caws, guitare chant, et Daniel Lorca, basse chant, se rencontrent au lycée français de New-York après avoir, chacun de leur côté, passé quelques années en France avec leurs parents. Très vite, ils décident de faire du rock ensemble et quelques petits groupes naissent, tentent de percer sans y parvenir puis se séparent. Au début des années 90, Matthew, dépité par la difficulté d'obtenir un contrat professionnel, décide de travailler dans un magazine de rock pour vivre et de s'amuser en trio avec Daniel et un batteur. Ainsi nait Nada Surf.

Deux batteurs se suivent avant de laisser la place en 1995 à Ira Elliot qui officiait auparavant chez … les Fuzztones ! Mais si voyons, les Fuzztones, ce groupe de revival garage-psyché des années 80 qui a repris sur scène et sur disque une bonne partie des standards sixties punk.

La présence de ce professionnel de la scène rock oblige en quelques sortes Matthew et Daniel à prendre en main leur destin. Avec une maquette, version brute de leur futur premier album, le trio décroche alors un contrat avec Elektra et trouve un producteur en la personne de Ric Ocasek (guitariste chanteur des Cars mais aussi producteur, entre autres, de Weezer ou Bad Religion).

En 1996, l'album High/Low sort et le premier 45 tours extrait, Popular, devient rapidement un tube planétaire avec l'appui de MTV qui passe le clip en boucle. Ce morceau et l'album entier surfent sur la vague post-Nirvana/Sonic Youth/Pavement mais la voix de Matthews a déjà ce je-ne-sais-quoi mélancolique (en fait, je sais, c'est le timbre !).



Leur second album, Proximity Effect, Elektra le considère injustement faible et sans aucun tube. Le directeur artistique de la maison de disques essaye d'imposer ses vues au groupe, un peu comme s'il voulait uniquement s'en mettre plein les poches ! Fort heureusement pour nous, Nada Surf ne cédera rien. Malheureusement pour eux, le label refusera de sortir le disque aux USA.
Il sortira uniquement en Europe en 1998.
Troublemaker est extrait de cet album. Contrairement à la plupart des autres morceaux du groupe, il est chanté par Daniel le bassiste. Proximity Effect contient également d'autres pépites comme 80 windows, Bacardi, The Voices ou Hyperspace. Le disque rencontrera un franc succès en France où la francophonie presque parfaite du groupe va droit au cœur du public franchouillard (4 "francs" dans la même phrase, pas mal même si ça fait une jeu de mots à deux balles !).

En 1999, en pleine tournée européenne, le groupe est viré de chez Elektra, un peu comme si l'absence de recette aux Etats-Unis avait vénère le label ! Une longue lutte judiciaire s'ensuivra dont le groupe sortira finalement vainqueur en 2000. L'album pourra enfin voir le jour aux States sur le label MarDev créé à cette occasion par le groupe qui acquiert avec cette victoire sur le système un statut de héros underground. Mais le volatile public nord-américain a déjà oublié Nada Surf (aucun anti-américanisme primaire la dessous, tous les publics sont volatiles, la preuve, vous rappelez-vous de Blues Trottoir ou de Thierry Hazard ? - que ceux qui ont répondu "oui" quittent im-mé-dia-t'ment la salle !). Le groupe doit enchaîner tournées sur tournées pour reconquérir le cœur des foules mais il y parvient.



En 2002, ils sortent leur troisième disque Let Go qui sera salué par les critiques et le public des 2 côtés de l'Atlantique. On dit que l'enregistrement fut payé en billets de 1 et 5$, fruit du merchandising récolté pendant les longs mois de tournées. C'est un album avec beaucoup de belles balades et de guitare folk. Blizzard Of '77 et Blonde On Blonde raviront les brutes au cœur tendre que nous sommes tous mais les midinettes testostéronées que nous sommes également tous ne sont pas en reste lorsque la saturation s'empare des guitares.

En 2005 avec The Weight Is A Gif et en 2008 avec Lucky, ils nous resservent la même recette power-popinette qui satisfera les afficionados. Mais, si l'écoute est agréable, je n'y entends pas de morceau qui sorte réellement du lot et un léger sentiment de lassitude pointe son nez (pour ne pas dire qu'on se fait un peu chier !). Je n'ai pas encore bien écouté leur album de reprises sorti cette année mais l'éclectisme de la sélection est tout à leur honneur : Soft Pack, Moody Blues, Go-Betweens ou… Coralie Clément (la soeur de Benjamin Biolay !). Petite parenthèse pipole qui explique ce dernier choix : Daniel Lorca sort avec Coralie Clément… En tout cas, à la première écoute, ils ont su s'approprier chaque morceau et on reconnait bien leur style.

Personnellement, j'aime l'ambiance générale de la plupart de leurs morceaux : une énergique mélancolie ou une joyeuse tristesse. Matthew, qui compose la grande majorité des morceaux, a une théorie intéressante qui explique ce paradoxe : les sujets qu'il aborde dans ses chansons sont souvent liés à des regrets, des manques ou des désirs frustrés et ils sont plutôt tristes. Mais lorsqu'il compose la musique, il prend un tel plaisir à jouer que cela apporte le côté positif. Pas con !

Reste pour moi un autre mystère à élucider : pourquoi Dan a-t-il décidé de se laisser pousser les dreadlocks ? Peut-être qu'à ses heures perdues, il a appris à jongler avec des quilles ?

Blonde On Blonde, festival en Belgique avec beaucoup de torse-poils dans le public :


80 windows, showcase en duo à la FNAC de Strasbourg !


Inside Of Love

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