vendredi 25 février 2011

Le proto garage



Pendant qu'en France, entre 1960 et 1962, Johnny Hallyday (Jeannot Vocances), Eddy Mitchel (Edouard Michel) et Dick Rivers (Rivière de bite), en essayant piteusement de faire du rock'n'roll, ne parvenaient qu'à créer le yéyé dans lequel s'engouffrèrent peu à peu tous les ringards de la terre, aux Etats- Unis, de jeunes dérangés du bulbe, en faisant la même chose que nos trois franchouillards, parvenaient à poser les bases du futur rock garage. Dans les milieux autorisés, il est de bon ton de dater la naissance du rock garage en avril 1963 avec la sortie de Louie Louie par les Kingsmen, alors je parlerais de proto-garage.

N'allez pas croire que je pratique de l'anti-France primaire. J'aime beaucoup certains morceaux des Chaussettes Noires, heu non, plutôt des Chats Sauvages, comme Twist à Saint Tropez ou C'est pas Sérieux. Et je suis même impressionné par les frasques rock'n'roll dignes des Who que l'on prête à nos petits français qui détruisaient consciencieusement leurs chambres d'hôtel et sautaient sur toutes les groupies qui passaient à portée de "main". Mais musicalement, excusez-moi, à part quelques rares exceptions (que je ne connais même pas !), aux début des années soixante, nos jeunes rockers se sont quand même tous spécialisés dans le saccage systématique en bonne et due forme des tubes américains ou anglais, émasculant ainsi pour longtemps le rock français et ça, c'est très mal !

Si en plus on compare ces idoles des jeunes avec leurs contemporains anglais, les débuts des Beatles et du Mersey Beat, ou américains, comme les quatre petits groupes qui suivent, mes dents grincent et la sueur de la honte perle sur mon front national (en même temps, si je pouvais le réduire en bouillie çuilà !). On sent comme une franche et nette différence, c'est un peu l'histoire de David contre Goliath où David se ferait nonchalamment écraser d'un revers de la main tel le moustique énervant ou d'un coup de sandale tel le lombric qu'il est. Le yéyé variétoche ne peut pas lutter contre le proto-garage-rock c'est comme ça depuis la nuit des temps et c'est pas près de changer !

Frantics Four - Down By The Old Mill Stream


Les Frantics Four sont originaires de Miami. Down By The Old Mill Stream est la face B de T.V. Mama, 45 tours sorti en juin 1960. La chanson a été écrite par Tell Taylor, acteur, danseur et song-writter... en 1910, il y a plus d'un siècle ! Un certain Bobby Shane est crédité pour le chant. Il a une bonne voix légèrement éraillée et il sait bien commencer ses phrases par des petits "ha-ha" et les finir en faisant le malin sur des notes aigües ambigües. Le piano électrique est remarquable. Il martèle le riff non-stop donnant son rythme au morceau, ainsi qu'un léger avant-goût de question Mark and the Mysterians, et ne s'arrête que pour appuyer la sauvagerie du solo de guitare.
En juin 1960, Johnny Hallyday sort son deuxième 45 tours et son premier tube, Souvenirs, Souvenirs. Pas si mal, mais beaucoup plus gentillet et moins rock'n'roll que les Frantics Four, n'est-ce pas ?

Danny Dell & The Trends Froggy Went A Courting


Danny Dell est né Daniel Molina et il a bien fait de prendre un pseudonyme. En juillet 1960, il sort un 45 tours avec le groupe The Trends : Froggy Went A Courting / You Went Away. Il semblerait que ce groupe soit canadien. Voilà pour la bio !
On est encore très rockabilly mais le son brut avec distorsion "naturelle" sur la guitare, l'introduction simple et efficace (pour ne pas dire franchement bourrin), l'approximation rythmique pendant le solo et les cris de loup-garou en chaleur de Danny Dell sont de parfaits archétypes du rock garage. Les Cramps devaient adorer Danny Dell…
Petit clin d'œil aux futurs punks, Danny Dell a aussi sorti un morceau intitulé Pogo Walk !

Rhythm Rockers - Madness


Quelle idée de s'appeler les Rhythm Rockers : dans l'histoire du rock, il y en a eu une bonne palanquée dont un groupe revival rockabilly anglais des années 70 (Crazy Cavan 'n' The Rhythm Rockers) qui vampirise google !
Les nôtres accompagnaient le chanteur Bob Vidone dont les quelques 45 tours sont sortis sur un label New-Yorkais. Nous avons donc affaire à des surfeurs de la cote Est… La chanson Madness a été enregistrée en 1960 mais n'a jamais été commercialisée à l'époque. Elle est sortie des limbes pour figurer sur quelques compilations de surf ou de rockabilly à partir des années 80.
A part la partie de saxo qui m'énerve un peu (comme presque toutes les parties de saxo du monde), ce morceau est plutôt réussi. J'apprécie beaucoup le son bien crado des guitares, distorsion et tremolo à-gogo, et le rythme endiablé soutenu par des petits clappements de mains qui tombent fort à-propos. Du bon surf-garage à une époque où ni le surf ni le garage ne font parler d'eux.

Mad Mike & The Maniacs - The Hunch


Je sais juste que ce morceau date de 1961. A l'écoute, je sais aussi que Mad Mike porte bien son surnom et qu'il aurait aussi bien pu s'appeler Shouting Mike ou Vomit Mike. Le batteur des maniacs, Bobby Columbe, mérite lui aussi un surnom déjanté. Mettons Shaking Bob ou Epileptic Bob. En tout cas, voici 1'37" de folie furieuse qu'il est inutile de comparer à Daniela des Chaussettes Noires, d'autant qu'ils ont des baskets blanches. En revanche, Mad Mike and the Maniacs sont bien les grands frères des Sonics !

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