Je dois humblement avouer qu'à l'époque, je suis passé complètement à côté de Wire. A ma décharge (et à la leur !), à la fin des années 70, peu de groupes pouvaient lutter contre les Jam, les Buzzcocks, Clash ou les Stranglers. Aujourd'hui encore, j'ai beau apprécier la musique de Wire, je la trouve moins directe et moins flamboyante que celle des groupes sus-cités (non, ce n'est pas sale).
La musique de Wire est globalement plutôt triste (certains diront plombante) et les paroles de leurs chansons sont intellectuelles (certains diront prétentieuses). C'est pourquoi, bien qu'ils aient participé à la première vague de 1977, on les range habituellement dans la catégorie "New Wave" plutôt que dans la catégorie "Punk". Mais des chansons comme Practice Makes Perfect, Being Sucked in Again, Map Ref. 41ºN 93ºW, Outdoor Miner ou Marooned doivent tout simplement être rangées dans la catégorie "bons morceaux" !
J'ai entendu Marooned pour la première fois au milieu des années 80 à un endroit où passait généralement du sixties punk. Sans réfléchir (comme souvent à cette époque), je les ai pris pour un petit groupe garage-psyché anglais et j'ai rallumé un autre joint (comme souvent à cette époque). Cette fois encore, Wire passa entre les mailles du filet de mes goûts musicaux.
C'est très récemment que j'ai eu l'occasion d'entendre à nouveau ce morceau (merci Tramber pour le petit voyage dans le temps) et c'est à ce moment que je me suis rendu compte qu'il s'agissait de Wire. Comme entretemps, grâce aux pirates de l'internet, j'avais découvert et apprécié le groupe, j'ai décidé d'écrire ce billet sur eux (les petits veinards).
Certains critiques comparent Marooned au Pink Floyd de A Saucerful Of Secrets. Les plus attentifs d'entre vous auront noté dans un article précédent que je n'apprécie pas spécialement cet album du Pink Floyd (en fait je n'apprécie que la période Syd Barrett). Je n'utiliserais donc pas cette analogie. Il est en revanche indéniable que ce morceau a de forts relents de psychédélisme anglais de la fin des sixties. Alors pour faire mon malin, je dirais que la guitare saturée, la mélodie pop anesthésiée et la langueur nonchalante qui se dégage de Marooned me font plutôt penser aux John's Children de Just What You Want - Just What You'll Get ou Midsummer Night's Scene, ces morceaux étant aussi étonnement modernes pour 1967 que Marooned est étonnement rétro pour 1978.
Les paroles parlent d'un marin déserteur, perdu et pourchassé qui dérive sur un iceberg, situation des plus communes et finalement pas très éloignée des images inter-galactiques que la musique m'évoque...
Wire, composé de Colin Newman (guitare, chant), Graham Lewis (basse, chant), Bruce Gilbert (guitare), et Robert Gotobed (batterie et bon surnom), s'est formé à Londres en 1976. Ils figurent aux côtés des Buzzcocks, de X-Ray Spex et Slaughter and the Dogs sur la compilation The Roxy London WC2, enregistrée live au Roxy Club entre janvier et avril 1977. Si 1 2 X U, court morceau de 1'55", est assez typique de la scène punk du moment, Lowdown présente déjà une certaine maturité et une originalité certaine (répétitivité quasi-hypnotique, paroles intellos, rupture franche au milieu du morceau et fin abrupte) qui seront la "marque de fabrique" Wire tout au long de leur carrière. Il faut dire qu'ils sont légèrement plus âgés que les autres groupes punks (sauf les Stranglers, rappelez-vous), Bruce Gilbert a même déjà 31 ans en 1977, ceci explique peut-être cela.
Entre 1977 et 1979, ils sortent trois bons albums et tournent presque non-stop partout en Europe et aussi un peu aux Etats-Unis.
Leur premier opus, Pink Flag, a été enregistré pratiquement live et contient 21 morceaux dont certains n'atteignent pas la minute. Bien accueilli par la critique, il est cependant boudé par le public.
Chairs Missing est un peu plus produit et les compositions sont plus pop que le précédent. Il se vendra d'ailleurs mieux et atteindra la 48e place des charts anglais. Il contient Marooned, Practice Makes Perfect et Outdoor Miner, mes morceaux préférés de Wire.
154, titre correspondant au nombre de concerts effectués à cette époque, montre que le groupe continue son évolution. Outre des chansons courtes et énergiques à la manière de celles de Pink Flag ou des pop-songs comme Map Ref. 41ºN 93ºW qui rappelle Outdoor Miner, cet album est globalement plus doux, plus New Wave et ils utilisent plus de synthé.
Le groupe n'a jamais cessé d'évoluer, de chercher à surprendre, quitte à se mettre en danger, commercialement bien sûr, avec leurs albums sans concession, mais aussi physiquement lors de certains concerts. Par exemple, en 1980, devant une foule majoritairement composée de skinheads saouls qui demandent des morceaux énervés comme 1 2 X U, le groupe réalise une espèce de happening avec intervention d'acteurs déguisés avec des sacs en papier sur la tête, des coups de marteaux sur une gazinière et autres joyeusetés surréalistes entrecoupées, heureusement, par quelques morceaux du groupe qui joue caché derrière un panneau en papier, mais presqu'uniquement des nouveautés que personne ne connait. Les skins bourrés n'apprécient que moyennement cet étalage d'art dadaïste légèrement pompeux et prétentieux et le groupe reçoit en échange quelques dizaines de canettes sur la tronche !
Peu de temps après, Wire se sépare…
Ils se reformeront en 1985. Au fil des années, leur musique étant de plus en plus électronique, le batteur se sent un peu superflu et il quitte le groupe en 1990. Wire devient Wir (des intellos j'vous dit !). Rassurez-vous, il est revenu en 1999 et le groupe s'appelle à nouveau Wire.
Mais concentrez-vous sur leurs trois premiers albums, à mon avis, malgré une attitude et une démarche artistique toujours intéressante, vous pouvez négliger le reste !
Practice Makes Perfect, Live 1979
Map Ref. 41ºN 93ºW, Live 1979
Outdoor Miner, juste la chanson mais elle est tellement bien :
John's Children, Just What You Want - Just What You'll Get pour confirmer :
X-Ray Spex, Oh Bondage! Up Yours! pour comparer :
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