dimanche 6 février 2011

Les Rateaux Libertins



Les Rakes, qu'on pourrait traduire en "les Rateaux Libertins" (si si), étaient les vaillants dépositaires du punk-rock anglais prolétaire des années 2000. On les a souvent rapprochés de Bloc Party vu qu'ils ont démarrés en même temps et qu'ils ont fait la première partie de leur première tournée européenne, mais c'est injuste. Ils sont bien plus rêches et authentiques que les minets-rock-party. Pour preuve, ils se sont abruptement séparés en 2009 juste avant une tournée américaine pour la seule raison qu'ils ne se sentaient plus capable d'être à 100%. Ça, c'est rock'n'roll !



Suspicious Eyes n'est pas leur morceau le plus abrasif, bien au contraire. On y retrouve tout de même les ingrédients habituels du groupe : un rythme soutenu par une batterie simple mais efficace, une basse linéaire et claquante, des guitares saturées inventives et une mélodie en plusieurs couches. Comme souvent, la composition et les arrangements sont intelligents, c'est-à-dire complexes mais pas gonflants, étonnants mais pas déconnants et inventifs. J'en apprécie également beaucoup le mode narratif qui nous permet d'entrer dans les pensées de plusieurs protagonistes d'une scène banale et quotidienne : le trajet en train du matin vers son travail. On entend les craintes, les phobies et les soupçons de chacun. Tout le monde peut s'y retrouver ! A travers cette petite tranche de vie, le groupe arrive à aborder des sujets aussi variés et graves que le racisme, le terrorisme, l'insécurité ou la vie en société, pas mal !



Les Rakes sont originaires du quartier Londonien de White Chapel, là où sévit jadis Jack l'éventreur. Ils sont formés en 2004 par Alan Donohoe (chant), Matthew Swinnerton (guitare), Jamie Hornsmith (basse) et Lasse Peterson (batterie). Très vite signés par le label V2, leur premier album Capture / Release sort en aout 2005. On y trouve déjà tous les éléments qui font l'originalité du groupe : la voix particulièrement angliche du chanteur, les mélodies catchy sur des arrangements plutôt violents et des compositions qui arrivent à allier simplicité (pas de virtuosité malvenue) et complexité (coupures, changements de rythme, superposition de mélodies). D'ailleurs les marketeux des agences de pub ne s'y tromperont pas et le riff de Open Book deviendra la bande son de la publicité CanalSat' dont on nous rabâcha les oreilles et les yeux, souvenez-vous… Malgré cela, j'aime encore ce morceau, c'est dire s'il est bon. Strasbourg est une pépite punk qui, à l'instar des brûlots de Blur comme Song 2, donnerait envie de pogoter à l'homme-tronc ! We Are All Animals, outre le fait que ce morceau énonce une vérité parfois oubliée par certains (je vous laisse déterminer quand et par qui), est également un des moments fort de leur premier album. Terror! parvient à mêler un rythme dance à une énergie punk. Ce n'est pas une première mais c'est bien fait. Work, Work, Work, (Pub, Club, Sleep), déclaration de foi très working-class anglais, avec son refrain imparable et son "woooooo" désabusé mais énergisant a bien failli faire l'objet de ce billet.

Ils assurent les premières parties de Franz Ferdinand et Bloc Party à qui ils volent, parait-il, souvent la vedette et je le crois sans peine.

2006 est une année de tournées en haut de l'affiche qui assoient leur réputation de groupe de scène et leur notoriété. Outre des 45 tours extraits de Capture / Release, une reprise du Poinçonneur des Lilas, traduit en Just a man with a job, sort sur la compilation Monsieur Gainsbourg Revisited. En fin d'année, le groupe entre en studio pour enregistrer son second album.

Ten New Messages sortira en mars 2007, Suspicious Eyes en est extrait. Little Superstitions, une espèce de ballade, rappelle un peu Blur ou des Kaiser Chiefs qui seraient devenus bons… We Danced Together arrive avec brio à faire cohabiter une mélodie commerciale limite dance music avec un refrain qui tue et des arrangements rock. Trouble, Down With Moonlight et When Tom Cruise Cries sont également très réussies pour qui aime leur style. Ten New Messages est bien l'album des Rakes à avoir dans sa discothèque.

Je n'ai pas trouvé d'informations sur l'année 2008, mais comme j'imagine qu'ils ne sont pas tombés dans une faille spatio-temporelle, ni transformés en carottes râpées, on va dire qu'ils ont fait des concerts et peut-être pris des vacances ?

En mars 2009, sort Klang (ça fait une drôle de phrase qui pourrait sortir d'un livre de SF de gare) avec cette belle pochette. En allemand Klang veut dire Sound en anglais, Sonido en espagnol et Son en français. Le disque a été enregistré à Berlin dans les anciens studios de la radio d'état d'Allemagne de l'Est et ceci explique pourquoi ils n'ont pas choisi Sonido comme titre. Retour à un son plus rêche à la façon du premier album. The Loneliness Of The Outdoor Smoker avec ce bon riff sino-arabisant saturé est un des morceaux qui sort du lot et, comme son titre l'indique, il traite d'un phénomène de société actuel. J'aime aussi The Woes Of The Working Woman pour son rythme et son riff de piano introductif et fermatif (tant que c'est compréhensible, on a le droit de créer ses mots, non ?). Muller's Ratchet et The Final Hill sont aussi de bonnes compositions bien Rakesienne avec quelques breaks bien enlevés. Mais globalement j'accroche moins… On a un peu l'impression qu'ils appliquent une recette et qu'il y manque quelques ingrédients ou, plutôt, que les produits utilisés ne sont plus très frais…
D'ailleurs, en octobre 2009, le groupe annonce sa brutale séparation en ces termes :
… it's best to leave you all on a high note, rather than unimaginatively continue, on and on…

Strasbourg Live at Leeds !


Retreat Live à la télé:


The World Was A Mess (But His Hair Was Perfect) Live au Baron:


Violence et Terror! Live Rockpalast


We Danced Tohether, Live Rockpalast :

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