dimanche 6 février 2011

Buzzcocks



A l'instar du cochon, tout est bon dans les Buzzcocks ! Alors pourquoi ne pas commencer par le commencement ? Voici Fast Cars, premier titre du premier alboum Another Music In A Different Kitchen : I hate fast cars !



Et comme je suis un fan des Buzzcocks généreux, je vous offre aussi d'écouter un de leurs meilleurs 45 tours, I Don't Mind, avec sa mélodie complexe, ses contre-chant à la guitare et cette phrase glaçante mais tellement vraie : "When I'm dreaming, I'm just lying in my bed" !



Est-il vraiment nécessaire de vous présenter les Buzzcocks ?
Pete Shelley, guitare chant, Steve Diggle, guitare chant, John Maher, batterie et Garth Smith, puis brièvement Barry Adamson et, enfin, Steve Garvey à la basse.
Vous savez certainement tous qu'il s'agit d'un des premiers groupes punk anglais de la vague 1976/77 et qu'entre 1977 et 1980, ils ont enchaîné les pépites et quelques tubes comme d'autres enfilent des perles pour vendre leurs bijoux sur les marchés bios : Orgasm Addict, What Do I Get ?, Everybody's Happy Nowadays, Noise Annoys, A Different Kind Of Tension, Sixteen Again, Nostalgia, I Believe et tous les autres !
Ils surent mêler avec brio les mélodies pop à l'énergie punk comme personne à l'époque. A ce titre, ce sont des pionniers de la power-pop dont l'importance est aujourd'hui reconnue par tous et partout. Il n'est qu'à voir la liste des groupes qui revendiquent leur influence, de Greenday à Placebo en passant par The Smiths (plutôt sur les thèmes abordés que sur la musique pour ces derniers).
Alors que les chanteurs typiquement punks étaient plutôt des hurleurs virils et testostéronés comme Joe Strummer du Clash ou Jimmy Pursey de Sham 69, Pete Shelley a cette petite voix aigüe si reconnaissable.
L'autre particularité musicale des Buzzcocks, c'est cette batterie totalement débridée et ultra-rapide qui renverse tout sur son passage. Certains la trouvent trop chargée mais moi je dis que sans elle, les Buzzcocks ne seraient pas les Buzzcocks et ça, c'est un argument, non ?!



En 1975, sur les murs de l'école technologique de Bolton, banlieue de Manchester, Howard Trafford affiche l'annonce suivante: "Wanted : people to form a group to do a version of Sister Ray". Peter McNeish, fan absolu du Velvet Underground et des Stooges, répond à cette annonce. Comme ça, on ne dirait pas, et on se demande même qui sont ces deux garçons, mais ce seront pourtant bien les débuts des futurs Buzzcocks.

Début 1976, les deux amis découvrent dans un article du Melody Maker un petit groupe londonien qui reprend No Fun des Stooges et ils sont frappés par leur déclaration : "Nous ne sommes pas dans la musique, nous sommes dans le chaos". Le week-end suivant, ils partent à Londres voir ce groupe en concert et prennent une bonne claque ! Comme beaucoup d'autres jeunes anglais, leur rencontre avec les Sex Pistols sera déterminante.

Dès leur retour à Manchester, Howard et Peter décident que la musique ne sera plus un hobbie mais une raison d'être. Comme pour sceller ce pacte, ils changent leurs noms. Peter McNeish devient Pete Shelley, du prénom qu'il aurait porté s'il avait été une fille. Howard Trafford devient Howard Devoto sur une idée de Pete Shelley sortie on ne sait d'où. Et maintenant, on sait qui sont ces deux garçons !
Ils recrutent Garth Smith à la basse et Mick Singleton à la batterie et forment un groupe punk.

Une critique de la série télé Rock Follies, parue dans Time Out, se finissait par cette phrase : "get a buzz, cock" qu'on pourrait traduire par "prend ton pied, mec" sachant que "get a buzz" veut dire "être enthousiasmé, excité" et "cock", en cockney, est un synonyme de "buddie", "mon pote". Mais "cock" voulant aussi (et surtout) dire "bite", la liaison de Buzz et Cock en un seul mot Buzzcocks peut alors prendre le sens "excité par les bites" ou encore "les bites enthousiastes". Le coté sexuel et provoquant de ce nom plut immédiatement aux jeunes punks qui l'adoptèrent comme nom de groupe.



Ils organisent ensuite un concert des Sex Pistols à Manchester où ils espèrent jouer en première partie avec leur nouveau groupe mais, finalement, le batteur et le bassiste se dégonfleront.
Ce premier concert des Pistols à Manchester eut lieu en juin 1976.
Steve Diggle se rendait au pub du coin pour y retrouver des amis quand Malcolm McLaren, tel le rabatteur d'un vulgaire bar à putes rameutant les passants, lui fit croire que ses amis l'attendaient à l'intérieur… début d'une grande aventure pour Steve Diggle, embauché comme bassiste en remplacement du lâcheur, viré comme il se doit.
Quelques jours peu plus tard, en voyant l'annonce d'une batteuse dans un magazine, Howard et Pete se disent "Ouah cool ! une batteuse, comme Moe Tucker" (du Velvet Underground). Mais la fille en question refuse l'offre et leur conseille de contacter John Maher, alors âgé de seize ans seulement mais déjà impressionnant.
Le hasard, en deux temps, fit bien les choses, non ?

Le premier concert des tous frais Buzzcocks fut bien en première partie des Sex Pistols mais à l'occasion de leur second passage à Manchester, un mois plus tard, en juillet 1976.

Avant la fin de l'année, le groupe joue plus d'une dizaine de fois dont au fameux 100 Club Punk Festival de Londres qui regroupe les Sex Pistols, Subway Sect, Siouxsie and the Banshees, The Clash, The Vibrators, The Damned et les français Stinky Toys.

En décembre 1976, le groupe enregistre et mixe 4 morceaux en 5 heures dont le séminal hymne punk Boredom. Ils empruntent 500 £ à leur famille et à des amis pour produire 1000 exemplaires de Spiral Scratch et ils créent leur propre label, New Hormones. Avec l'aide des magasins Virgin locaux, le disque s'écoulera finalement à 16 000 exemplaires.
Les Sex Pistols ont montré que n'importe qui peut monter un groupe rock. Les Buzzcocks montrent qu'on peut aussi sortir un disque sans l'aide des majors. Do it yourself !

En février 1977, un mois après la sortie de Spiral Scratch, Howard Devoto quitte le groupe. En partie pour finir ses études, en partie car il pense que le mouvement punk est déjà moribond et formaté, en partie car il croit que les Buzzcocks ont fait ce qu'ils avaient à faire. C'est vrai qu'à cette époque, les Buzzcocks ont déjà fait beaucoup ! Manchester est devenue sous leur impulsion la deuxième ville "punk" d'Angleterre. Leur rencontre avec d'autres artistes, photographes, graphistes et journalistes a créé un mouvement plus "arty" et moins "no future" qu'à Londres et c'est sur ce terreau que fleuriront les prochaines vagues rock Mancuniennes comme The Fall, Joy Division, The Smith, The Happy Mondays, The Stone Roses ou Oasis. Mais leur œuvre musicale est encore devant eux !
Howard Devoto montera un nouveau groupe, Magazine, dès l'été 1977.



Pete Shelley passe au chant principal, Steve Diggle remplace sa basse par une guitare, Garth Smith revient prendre la basse avant d'être viré pour alcoolisme et remplacé momentanément par Barry Adamson, bassiste de Magazine, puis par Steve Garvey et les Buzzcocks, enfin au complet, continuent leur route : concerts au Roxy Club où leurs chemises "à la Mondrian" éclipsent le look "fermetures éclairs et treillis" du Clash qui, pas vexé, les invite quand même sur leur tournée White Riot Tour organisée par CBS. CBS les approche mais c'est finalement United Artists qui les signera en aout 1977.

En septembre, ils enregistrent leur premier 45 tours Orgasm Addict / Whatever Happened To ?. Les paroles sont un peu trop directes pour les radios de l'époque et le disque ne fera pas un hit mais se vendra plus que correctement. En revanche, leur seconde galette What Do I Get ? / Oh Shit rentrera dans le top 50 anglais, comme la majorité de leurs 45 tours jusqu'à leur séparation.

Le 10 mars 1978, le groupe sort son premier 33 tours, Another Music In A Different Kitchen. Fast Cars ouvre cet album et il est lui-même introduit par un petit morceau de morceau, avatar du titre Boredom de Spiral Scratch. Sept mois plus tard seulement, le 22 septembre, Love Bites, leur deuxième opus voit le jour et on s'aperçoit que Pete Shelley devait parler un peu l'argot français… Leur troisième et dernier disque, A Different Kind Of Tension, sort en septembre 1979.
En moins de deux ans, trois albums et huit 45 tours indispensables, regroupés dans la compilation, Singles Going Steady, sortie fin 1979 (s'il faut choisir un seul disque, ce sera celui-là !) forment une œuvre compacte et novatrice, même si la production peut sembler vieillote à nos oreilles aujourd'hui habituées aux productions modernes.



Les Buzzcocks ont toujours porté une attention particulière au graphisme de leurs pochettes de disques. Un concept basé sur les formes géométriques simples pour leurs 33 tours : carré pour Another Music In A Different Kitchen, rond pour Love Bites et triangle pour A Different Kind Of Tension (question de géométrie : à quoi aurait ressemblé le quatrième ?).
Chaque 45 tours est une petite œuvre d'art en soi, colorée et graphique, avec une face A et une face 1.

Le groupe deviendra petit à petit ce qu'il ne voulait pas être : un rock-band comme les autres qui déjeune au champagne et préfère s'adonner à la cocaïne et au LSD plutôt que jouer sa musique. Les thèmes abordés sur leur dernier album, la désintégration de l'égo et la dépression, ne sont pas en phase avec la période festive qui voit l'avènement du gai revival ska Two-Tone.
Bref, le groupe implose et n'attire plus les foules.

United Artists est repris par E.M.I. et le courant ne passe pas avec les nouveaux Directeurs Artistiques. Début 1981, après trois quarante-cinq tours qui sentent très justement la fin et les maquettes d'un quatrième album qui ne verra jamais le jour, le groupe se sépare.

Ils se reformeront en 1989, feront une tournée en première partie de Nirvana en 1994 et, à ce jour, ils ont sortis cinq nouveaux albums, tous évidemment moins bons que les 3 originaux.
Mais là n'est pas le principal. Le principal, je vous l'ai déjà dit, c'est Singles Going Steady que tout gentilhomme qui se respecte se doit d'avoir dans sa discothèque en au moins un exemplaire !

En relisant, je m'aperçois que, tout absorbé par la musique et l'histoire des Buzzcocks, j'ai oublié de lancer quelques piques à mes meilleurs ennemis, la country, l'opéra et le jaze, alors je laisse la parole à Pete Shelley, qui a ses propres meilleurs ennemis, en citant la dernière phrase de Sixteen :
And I hate modern music
Disco, boogie, pop
They go on an' on an' on an' on an' on
How I wish they would stop !


Ever Fallen In Love, live à Manchester en 1978 :


I Can't Control Myself, live 1978 avec Howard Devoto qui chante très faux :


Breakdown, Juillet 1976, images du 1er concert des Buzzcocks, bande-son de Spiral Scratch :


Sixteen Again, live 1978 :


Everybody's Happy Nowaday, c'est pas du live mais c'est bien !


Boredom, live aux USA en 1980 (?) :


What Do I Get ?, live :

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