Bien que contemporain des Stone Roses, La's, Blur ou autre Pulp et originaire de Farnborough en Angleterre, Mega City Four n'a rien à voir avec la Brit-Pop.
Props, 1992 :
Alors, oui, ils sont britanniques et oui, ils jouent de la pop mais, contrairement aux autres, on ne sent aucune nostalgie 60's dans leurs compositions, le spectre de Ray Davies est déjà suffisamment occupé à hanter d'autres cerveaux (oui, Ray Davies est mort d'un accident de voiture en 1970, vous n'étiez pas au courant car il a été remplacé par un sosie, je l'ai compris en écoutant Lola versus Powerman and the Moneygoround, Part One à l'envers). A l'instar d'autres groupes anglais comme Baby Chaos, Serafin , Ash (qui revendiquait haut et - un peu trop - fort son mépris envers la Brit-Pop) ou Muse (que j'aime moins mais qui reconnait l'influence de Mega City Four), on les sent plus attirés par le grunge que par les Beatles. Ils ont un gout légèrement américain plutôt qu'anglais et d'ailleurs le nom Mega City Four est un hommage direct au MC5 et pas aux Who.
Les références de Mega City Four sont plutôt à chercher du côté du punk (un peu de Generation X par ci, une touche de Hüsker Dü par là) ou du grunge américain mais l'appellation contrôlée "noisy-pop" leur correspond à merveille : de grosses guitares saturées, un rythme soutenu et de mignonnettes mélodies servies par une petite voix aigüe qui pourra d'ailleurs irriter certains auditeurs. Pas si éloigné du shoegaze finalement, les références psychédéliques en moins, l'américanophilie assumée en plus…
Darren Brown, surnommé Wiz, et son frère Danny jouent de la guitare et chantent. Leur camarade de classe Gerry Bryant joue de la basse et chante. Alors tout naturellement, ils montent un groupe ensemble au milieu des années 80. Avec l'adjonction du batteur Chris Jones, Mega City Four nait en 1987.
En septembre de cette même année, ils sortent leur premier single vinyle Miles Apart / Running In Darkness et ce disque leur permet d'obtenir quelques concerts en dehors de leur région. Dès lors, le groupe n'arrêtera plus de tourner partout où c'est possible, Angleterre, Europe et Etats-Unis. Véritables forçats de la scène, il parait que leurs shows étaient énergiques et impressionnants et on peut juger de leurs bonnes prestations en écoutant leur album live Inspiringly Titled The Live Album de 1992.
D'autres singles voient le jour en 1988 (ils seront tous regroupés sur une compilation Terribly Sorry Bob en 1991) et sont suivis en 1989 par un album, Tranzophobia.
La production est peut-être un peu faible mais tous les ingrédients Mega City Fouresques sont déjà là et les compositions sont très bonnes : des mélodies originales qui parviennent à être douces et énervées en même temps sur des nappes de saturations et un tempo souvent rapide. Bref un bon album, souvent cité comme leur meilleur par les fans.
Le second EP, Who Cares Wins, sort en 1990, pas de perte de temps. Pas de grand changement non plus mais pour quoi faire ? La formule fonctionne bien et est assez originale. On note tout de même un léger durcissement et une tendance à lorgner du côté des riffs ou des solos un peu trop hardos (influence Nirvanesque, fraîche dextérité malvenue ou simple mauvais gout ?). Mais, rassurez-vous, l'album reste de la bonne noisy-pop entrainante et souvent mélancolique.
En 1991, le groupe est signé sur une major avec laquelle ils feront deux albums, Sebastopol Rd en 1992 (mon préféré) et Magic Bullets en 1994 ainsi que l'album live cité plus haut. Les tournées continuent à un rythme soutenu.
Malgré des qualités indéniables, le succès commercial reste mitigé (Blur et Oasis prendraient-ils trop de place ?) et Mega City Four est remercié.
Il faudra attendre 1996 pour un nouvel album, Soulscraper, le plus sauvage et le plus "américain" de leur discographie.
Plus tard dans l'année, le groupe se sépare mais je n'ai pas trouvé d'explication...
Avec ses cinq albums, Mega City Four laisse une trace originale et de bonne tenue, avec un style bien à eux qui a su mêler énergie punk, riffs violents et mélodies complexes et riches. Leur spectre est plutôt large : des ballades comme Anne Bancroft, des morceaux plus durs comme The Dog Lady en passant par des tubes en puissance comme Props, du punk-rock mélodique comme Running In Darkness ou des pépites survitaminées comme Thanx.
Ils auraient mérité un plus grand succès et je recommande aux amateurs de noisy-pop anglaise ou américaine de prêter une oreille attentive à Sebastopol Rd et Soulscraper.
Anne Bancroft, 1992 :
The Dog Lady, 1996 :
Running In Darkness, 1987 :
Thanx, 1988 :
Wiz n'a jamais quitté la musique. Il est mort en 2006, à l'âge de 44 ans, en pleine répétition de son groupe du moment, Ipanema.
Severe Attack Of The Truth, live 1989, première partie de Mudhoney :
Ipanema Nervosa :
Ipanema, Vote For Pedro :
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire