1965 fut un très bon cru pour le garage-rock américain.
Cette année-là (que ceux qui ont susurré la chanson de Claude François sortent immédiatement de cette salle), la toute fraiche British Invasion a plusieurs conséquences majeures sur le rock américain :
1- Plein de teenagers montent leurs groupes ;
2- les groupes de surf instrumentaux se mettent à chanter ;
3- tous essayent de jouer leurs propres compositions ;
4- une foultitude de petits groupes de balloche enregistrent quelques délicieuses galettes avant de disparaitre, écoutons-en quelques-unes.
The Avengers : Be A Caveman
Ce titre absolument incontournable est remarquable pour au moins deux raisons :
D'abord, son rythme up-tempo force la main à nos pieds qui ne peuvent que tapoter la cadence (au pire) ou (au mieux) obliger notre corps à suivre leurs mouvements forcenés (je sais pas si j'ai été bien clair mais j'me comprends et pour résumer : ça donne une furieuse envie de danser).
Ensuite, les paroles gentiment phallocrates mériteraient actuellement au groupe les foudres des chiennes de garde et d'incessants procès avec de multiples organisations militantes féministes mais moi, elles me font marrer tellement elles sont primaires !
J'ajoute, à la débottée, une troisième raison d'aimer cette chanson : le cri de Tarzan et les halètements de Cheetah pendant le solo.
The Avengers sont originaires de Bakersfield en Californie. Ils ont produit cinq 45 tours entre 1965 et 1967. Be A Caveman en est le deuxième et il est sorti en décembre 1965 (juste à temps pour figurer dans cet article !).
Formé par de jeunes teenagers d'une quinzaine d'années, the Avengers est un groupe de surf qui passe au rock-garage chanté en 1964. Ils ont fait les premières parties des Beach Boys, de Ike & Tina Turner, de Paul Revere and the Raiders, de Sky Saxon and the Celtics (qui deviendront qui vous savez) ou des Animals (à qui ils volent un orgue Vox qui s'avèrera malheureusement être en panne). Lors d'un concert, leur batteur accompagne le duo Anthony and Cleopatra. Sympa, non ? Ah oui, j'oubliais de préciser, ce duo se renommera rapidement Sonny and Cher.
Aucun hit national mais le groupe avait un fort succès local et ils écumèrent toutes les fêtes lycéennes de la région (trop jeunes pour jouer dans des clubs).
En 1967, le groupe se sépare comme les plus grands pour des histoires d'ego et de filles !
Certains membres continueront l'aventure sous le nom de Yankee Dollar qui sortira un alboum plutôt influencé par Jefferson Airplane (surtout à cause de la chanteuse) en 1968.
The Yankee Dollar - Follow Your Dreams Away :
The Galaxies IV : Let Me Hear You Say Yeah
Avec son rythme endiablé, son petit orgue entrainant, ses paroles idiotes et répétitives éructées par des voix nasillardes, Let Me Hear You Say Yeah est très représentatif de la frange frat-rock du garage américain. J'imagine facilement une foule de lycéens danser un mélange de jerk, de twist ou de mashed-potatoes en buvant ouvertement de la limonade glacée et de la bière en cachette !
Les Galaxies IV sont formés en 1962 par une bande de jeunes teenagers (12 ans d'âge comme un bon whisky) qui fréquentent la même école catholique de Trenton, New Jersey.
Il n'aura échappé à personne en voyant la photo que l'organiste est en fait un accordéoniste, phénomène plutôt rare dans le rock et quasi-inexistant dans le garage-rock. Après vérification, il ne s'agit pas d'un accordéon façon Yvette Horner mais d'un accordéon électrique de marque Cordovox (l'honneur sixties punk est sauf, c'est une marque très proche de Farfisa et, en plus, il y a Vox dans le nom), en fait un orgue monté dans le corps d'un accordéon. Je ne sais pas si cet instrument a été utilisé sur Let Me Hear You Say Yeah… mais j'aime à le croire.
C'est entre 1964 et 1965 que les Galaxies IV ont leur heure de gloire : avec plus de 80 concerts étalés sur 2 étés lors de la foire mondiale de New York, d'abord au pavillon du New Jersey, puis dans tous les autres ; un politicien local qui déclare une "journée Galaxies IV" à New-York (mais qu'est-ce donc au juste ?!) ; ainsi qu'une victoire à la plus importante Battle Of The Bands du monde (plus de 400 groupes internationaux et Phil Spector parmi les membres du jury).
Malgré cet énorme succès local, aucun hit national pour les Galaxies IV. Ils continuent cependant leur route et pondent d'ailleurs un excellent morceau psyché en 1967 : Don't Loose Your Mind.
Avec l'adjonction d'un chanteur, le groupe se rebaptise quelques temps the Galaxies V (ça coule de source). Puis ils décident que c'est démodé et adoptent en 1969 l'étrange nom d'Alexander Rabbit.
Ils devaient participer au festival de Woodstock mais leur manager (le père d'un des musiciens) annule au dernier moment leur prestation, les trouvant trop jeunes pour cet évènement de hippies dégénérés !
Ils sortiront en 1970 un alboum complet pas trop mal bien qu'à tendance prog-rock avant de se séparer en 1971.
Don't Loose Your Mind :
Thee Unusuals - I'm Walkin', Babe
Un riff répétitif quasi-hypnotique, un rythme soutenu et primitif, une guitare solo qui se déhanche et une voix d'outre-tombe par-dessus l'ensemble : c'est du lourd !
Thee Unusuals sont originaires de Bellingham sur la Northwest Coast (Seattle et compagnie) et ça s'entend bien sur ce morceau sauvage. Cependant, le groupe était plutôt habitué à jouer de la pop anglaise, du folk-rock à la Sonny & Cher ou de la Soul à la Ike & Tina ou Etta James. D'ailleurs, même si on ne s'en aperçoit pas en écoutant I'm Walkin', Babe, il y a une chanteuse dans le groupe (le personnage avec une robe longue blanche sur la photo, c'est elle). Sur I'm Walkin', Babe, c'est le bassiste qui hurle. Le guitariste se rappelle avoir vu le visage du hurleur virer au violet lors de l'enregistrement mais ça valait le coup de se faire un peu mal.
Thee Unusuals s'appellent d'abord the Accents lorsqu'ils se forment en 1963. Dans leur région, on peut se fournir les disques anglais avant leur sortie aux USA en passant la frontière canadienne. Alors avant même l'avènement de la British Invasion aux States, les membres du groupe décident de reprendre les Beatles et les Stones, le saxophoniste passe à la guitare rythmique et ils se renomment the Bellingham Accents car ils trouvent que ça sonne plus anglais (mouaif)…
En 1965, ils obtiennent un contrat pour enregistrer un single mais le producteur trouve que leur nom craint et il leur demande d'en trouver un autre. Les gars et la fille cherchent, cherchent, cherchent mais ne trouvent pas. Le jour de l'enregistrement arrive et lorsque le producteur les questionne, le batteur répond : "on n'arrive pas à trouver quelque chose d'original" et là, ils trouvent leur nom, élémentaire, non ? Ah oui, en angliche, ça fait : "we can't think of anything unusual".
I'm Walkin', Babe est la face B de ce single sorti en octobre 1965.
Plus tard dans l'année, le groupe part à San Francisco pour enregistrer un deuxième 45 tours et deux autres titres qui resteront au format acétate.
Encore un bon succès local (leur deuxième single restera n°1 du hit-parade de Bellingham pendant plusieurs semaines) mais pas d'écho national. Le groupe se sépare en 1967 sans rien sortir d'autre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire