lundi 23 janvier 2012

Fleur de pierre


La semaine dernière, je vous entretenais succinctement de la folie des bandes à l'envers qui frappa les Stone Roses avec, par exemple, Simone et Don't Stop. Ils les ont également utilisées avec sagesse comme le prouve Your Star Will Shine dont les guitares folks à l'envers nappent le fond de plat d'une douceur toute psychédélique.



Your Star Will Shine est cependant le seul morceau à sauver du pourtant tant attendu mais si décevant deuxième album des Stone Roses, The Second Coming. Le reste du disque, ce sont de trop longs solos de guitare wha-wha qui lorgnent vers le hard-rock, à la Led Zep, ou des ballades poussives et sans relief qui donnent envie de s'allonger et mourir sur place.

De là à croire que le phénoménal succès de leur premier disque, The Stone Roses (4 NME Awards, groupe de l'année, meilleur nouveau groupe, single de l'année, album de l'année en 1989 et aujourd'hui placé dans certains sondages (anglais) comme le meilleur premier album de tous les temps ou comme meilleur album anglais de tous les temps - devant Revolver!), oui de là à croire donc que ce phénoménal succès est totalement usurpé, il n'y a qu'un petit pas que j'hésite cependant à franchir tant des morceaux comme This Is The One, Mersey Paradise, I Wanna Be Adored ou I Am The Resurrection éclairèrent un instant la sombritude désolante de cette fin des 80's (comme le premier album des La's, rappelez-vous) avec une pop rafraichissante, entrainante et brillante.

Au tout début des années 80, les jeunes Mancuniens John Squire (guitare) et Ian Brown (à l'époque bassiste mais il finira chanteur) forment avec deux autres gars un groupe punk fortement inspiré par le Clash, The Patrol. Après quelques mouvements de personnel (dont le passage de Ian Brown au chant comme je vous précisais au début de ce paragraphe mais aussi l'arrivée d'un bassiste pour le remplacer) et un changement de style (bye bye punk-rock, hello garage-60's !), ce groupe éphémère se sépare en 1981.

John Squire continue à gratouiller dans son coin avec Andy Couzens, autre rescapé de The Patrol, tandis que Ian Brown vend sa basse pour s'acheter un scooter et organise des soirées Northern Soul dans un club (il ne serait pas un peu mods-are-back, Ian Brown ?).

Fin 1983, les deux gaillards se retrouvent à nouveau dans un groupe dont John Squire trouve le nom, The Stone Roses. A priori, rien à voir avec les Rolling Stones (dont les Stone Roses refuseront avec mépris de faire la première partie en 1989 et qu'ils massacreront régulièrement en interview), il s'agit uniquement d'un oxymore qui, comme tous les oxymores, est sensé éveiller un intérêt curieux ou déclencher un sentiment poétique par le rapprochement de deux mots aux sens opposés, ici "caillou" et "roses" (je précise pour les non-anglophiles), "dureté" et "douceur" (je précise pour les attardés mentaux).

Ce n'est qu'en mai 1984 que le groupe se stabilise (pour quelques mois seulement, je vous rassure) avec Ian Brown au chant, John Squire à la guitare solo, Alan Wren dit Reni à la batterie, Pete Garner à la basse et Andy Couzens à la guitare rythmique et aux chœurs.
Ian Brown décroche leur première scène, en écrivant une lettre à Pete Townsend : "Je suis entouré de skagheads (j'imagine qu'on pourrait traduire par têtes de cons). J'ai envie de leur exploser la tronche. Pouvez-vous nous trouver un show ?". Séduit par tant de morgue (ça lui rappelle sa jeunesse ?), le vieux who les invite à faire sa première partie lors d'un concert anti-héroïne à Londres le 23 octobre 1984.

Lors de ce concert, ils sont repérés par un journaliste du Sounds qui les interviewe quelques semaines plus tard et ils obtiennent plusieurs offres de management et de nouvelles propositions de concerts. En route pour la gloire ?

En 1985, ils entrent en studio et enregistrent tout un album. Mais le groupe n'est pas satisfait du son et décide de ne pas utiliser ces bandes (en 1996 cet album verra tout de même le jour sous le titre Garage Flowers sans l'accord du groupe) exceptés les titres So Young et Tell Me qui seront leur premier single en Septembre.

Le succès commence à poindre son nez mais pas assez rapidement pour eux et ils décident de faire une "campagne de graffitis" sur Manchester dont les murs se recouvrent de tags au nom des Stone Roses. J'en profite ici pour préciser, bien que cela n'ai rien à voir avec les graffitis en question, que John Squire, en plus d'être guitariste, est également un peintre largement influencé par l'action-painting de Pollocks. Ce sont ses œuvres qui ornent les instruments du groupe et les pochettes de leurs disques.

Malgré ces actions commando qui apportent au groupe une petite notoriété locale et une réputation de petits voyous, une tournée en Suède et d'autres dates en Angleterre, 1986 ne voit pas les Roses de Pierre décoller. Le groupe met cependant au point un nouveau répertoire, moins punk et plus pop, influencé par The Jesus & Mary Chain et Primal Scream. Ils prennent aussi un nouveau manager, Gareth Evans, qui s'empresse de virer Andy Couzens comme un malpropre et le groupe, en devenant quator, approche de sa forme définitive.

Début 1987, le groupe sort un maxi-45-tours, Sally Cinnamon en face A et Here It Comes plus Across The Sands en face B. Le nouveau son des Stone Roses est né, rebutant certains de leurs anciens fans mais leur en apportant beaucoup de nouveaux. En 1989, après le succès de leur premier album, le label Revolver ressortira ce titre dans une version alternative ainsi qu'une vidéo sans l'accord du groupe. Ceux-ci, fort en colère, se rendent dans leurs locaux avec de gros pots de peinture et ils aspergent les locaux et le patron avant de vandaliser quelques voitures dans la rue ! Ils seront arrêtés et condamnés à une forte amende mais cet acte fait partie de leur légende de petites frappes j'm'en-foutistes qui leur vaudra l'admiration des jeunes prolos révoltés comme Liam Gallagher par exemple.

En juin 1987, le bassiste Pete Garner annonce son départ du groupe et il est remplacé en aout par Gary Mounfield, dit Mani. Ian Brown précise que l'arrivée de Mani leur donna un nouveau souffle, un nouveau groove et que tout se mit en place rapidement. Ça y est, les Stone Roses sont enfin les Stone Roses : une rythmique dansante sur des guitares sixties avec des mélodies pops tenues par une voix certes pas virtuose mais dont le timbre particulier assure une personnalité reconnaissable à l'ensemble.

Début 1988, après un concert à Londres, le groupe est approché par Rough Trade qui organise rapidement une session d'enregistrement dont sortira le titre Elephant Stone. Mais c'est finalement avec Zomba (et son sous-label Silvertone) que le groupe signera un contrat de 8 albums sur 5 ans (grave erreur !). Silvertone rachète les bandes de Elephant Stone à Rough Trade et le single sort en Octobre avec The Hardest Thing In The World en face B.

Mais ce 45 tours ne permet pas encore au groupe de percer et en dehors de la région de Manchester, les concerts ne rameutent pas encore les foules et les ventes ne décollent pas vraiment.

Les Stone Roses entrent en studio fin 1988 jusqu'au début 1989 entre Londres et le Pays de Galles pour enregistrer ce qui deviendra leur fameux premier album éponyme.

En attendant, leur 3e single, Made Of Stone avec Guernica en face B (c'est la face A passée à l'envers avec d'autres paroles), sort en mars 1989 et fait mieux que ses prédécesseurs en se hissant à la 90e place des charts anglais.

The Stone Roses, l'alboum, sort en Mai 1989.
Il obtient de très bonnes critiques et atteindra la 32e place des charts.

C'est avec leur single Fools Gold / What The World Is Waiting For et une prestation télévisée calamiteuse (pour raison technique leur chanson est interrompue après 60 secondes et Ian Brown insulte les organisateurs avant de quitter la scène) qui leur vaudront une notoriété nationale quasi-instantanée. Dans les mois qui suivent, leurs singles monteront tous de plus en plus haut dans les charts, ils gagneront tous les prix listés plus haut et joueront devant des salles combles ou en plein air devant des dizaines de milliers de fans transis (et pas que par le froid).



L'Angleterre découvre alors avec délice la nouvelle scène de Manchester qui, outre les Stone Roses, regroupe des artistes aussi variés que les Happy Mondays, les Charlatans, les Inspiral Carpets ou James. Cette scène, vite surnommée Madchester d'après le titre d'un disque des Happy Mondays, est bien éloignée de la noirceur et la tristesse des grands frères Joy Division. Si les groupes qui la composent ont des styles musicaux assez différents, ils sont tous plus attirés par les rythmes dansants, l'alcool, l'ecstasy et les arrangements psychédéliques que par la dépression, le suicide, les calmants et les lignes de basse avec effet flanger !

En juillet 1990, les Stone Roses, mécontents de leurs émoluments, entrent dans une longue bataille juridique avec Silvertone pour se libérer de leur contrat de 5 ans et 8 albums. Cette procédure empêchera toute sortie de disque pendant 4 longues années bien qu'un nouveau contrat juteux (on parle d'une avance de 1 million de dollars) soit signé avec Geffen en mai 1991.
Sans cette coupure forcée, l'histoire des Stone Roses aurait-elle été très différente ?

A partir de mi 1993, le groupe passera 347 jours en studio pour pondre le décevant The Second Coming dont j'ai déjà parlé plus haut et qui ne mérite pas plus de commentaires de ma part !
Je préciserai juste qu'en décembre 1994 lorsque l'album sort, l'Angleterre est déjà passée à autre chose, en l'occurrence à la Brit-Pop dont les plus vaillants représentants, Blur, ont bien plus de talent de compositeurs et d'arrangeurs que nos pauvres Stone Roses et qu'ils ont déjà fait 3 albums formidables, Leisure, Modern Life Is Rubbish et Park Life sorti en avril 1994 qui squattera le hit-parade pendant 90 semaines. On comprend dès lors pourquoi les critiques et le public boudent ce Second Coming poussif (enfin, un boudin tout relatif puisque le single Love Spreads atteint tout de même la deuxième place des charts).

En 1995, la malchance frappe les Stone Roses à plusieurs reprises : Reni quitte le groupe sans explication, la tournée mystère du grand retour en Angleterre doit être annulée après des fuites dans la presse et leur passage au festival de Glastonbury est également annulé car John Squire est victime d'un accident de VTT aux States.

En fin d'année, avec un nouveau batteur, le groupe organise une tournée anglaise dont les places se vendent toutes en quelques heures mais le cœur n'y est plus.

John Squire quitte le groupe en avril 1996.

Il est remplacé pendant 6 mois par Aziz Ibrahim, musicien de studio qui a travaillé avec Simply Red (beurk). Le groupe est hué et reçoit des canettes vides dans la tronche au festival de Reading en aout et les Stone Roses décident finalement de se séparer en octobre 1996.

Pendant des années, les rumeurs de reformations circulent. Elles sont toujours démenties, et parfois violemment, par les protagonistes. Mais le 18 octobre 2011, les Stone Roses annoncent officiellement leur retour. Une tournée mondiale est prévue pour 2012. Bonheur pour de nombreux vieux fans. Trahison de leurs idéaux de jeunesse pour d'autres (rappelons-nous leurs vertes critiques des vieux Rolling Stones).
Choisis ton camp, camarade.

I Am The Resurrection, live en aout 1989 (on entend que Ian Brown n'est pas très précis mais que le reste du groupe l'est, heureusement) :

Made Of Stone, le fameux live avorté à la télé :

I Wanna Be Adored et Sugar Spun Sister, live à la Hacienda en 189 :

La vache, il chante vraiment faux Ian Brown !! Alors pour se remettre, quelques versions studio de bons morceaux :
Mersey Paradise :

This Is The One :


Step On, the Happy Mondays live :

Performance, the Happy Mondays live à la télé :


I Wanna Be Adored, par les Fantastiques, répète, une prise live en 1992 (on entend que monsieur LoeB tape fort sur ses futs) :

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