On a tous entendu parler des bandes à l'envers des Beatles (et même, certains d'entre nous les ont réellement entendues !). Il parait qu'elles avaient des sens cachés, invitation au meurtre selon quelques-uns ou appel à la débauche pour d'autres. Mais qu'en est-il en réalité ?
L'histoire des bandes à l'envers commence entre le 14 et le 16 avril 1966 aux studios EMI d'Abbey Road pendant les sessions de l'album Revolver lorsque les Beatles enregistrent la chanson Rain qui sortira en face B de Paperback Writer le 30 mai aux USA et le 10 juin en Angleterre (souvenez-vous). A cette époque, le groupe commence sérieusement à expérimenter en studio. Rain est donc le premier morceau de musique pop à utiliser des bandes à l'envers. La paternité de cette innovation est revendiquée à la fois par George Martin qui explique avoir eu l'idée en travaillant sur les bandes après le départ du groupe et par John Lennon qui explique que sous l'effet de la marijuana, consommée à haute dose depuis 1964, il s'est trompé de sens en voulant écouter chez lui les premières prises du titre et a été enthousiasmé par le son produit. J'ai tendance à croire Lennon, son explication est plus détaillée et semble bien crédible à qui a déjà fumé de la marijuana à haute dose !
Mais au fait, puisque c'est sa voix qui a été retournée, que dit John Lennon sur ces premières bandes à l'envers du monde du rock ? Invite-t-il à fumer de la marie-jeanne ? A essayer le LSD ? A tuer papa et maman ? Ecoutons :
Ah bah non… C'est juste la première phrase de la chanson. Déception.
Toujours est-il qu'à partir de ce moment, les Beatles ont été pris d'une folie furieuse de bandes à l'envers et tous les overdubs réalisés pour Revolver étaient essayés à l'endroit… et à l'envers !
Sur I'm Only Sleeping on a un parfait exemple de solo de guitare électrique à l'envers très réussi.
Et ça donne quoi à l'endroit ?
Mmmmh, ça sonne un peu comme du Elliot Smith sous Tranxene avec des moufles, c'est moins bien… Mais à l'envers, ça sonne vraiment chouette. D'ailleurs, de nombreux groupes, séduits par ces nouvelles sonorités, se lanceront dans l'aventure à l'envers. Les Byrds (souvenez-vous) en useront et abuseront sans vergogne, Tomorrow, groupe psychédélique anglais sans lendemain, pratiquera la chose avec bonheur et je ne citerais pas tous les nombreux autres ! Depuis 1966 et jusqu'à aujourd'hui, cette technique a souvent été utilisée et c'est d'ailleurs, pour moi, une marque de qualité. Par exemple, c'est parce qu'il y a des bandes à l'envers sur leur premier album que j'ai accroché sur Blur. De même, malgré leur fusion hard-rock/funk/rap plutôt vulgaire, je garde une affection (toute relative mais réelle) pour les Red Hot Chili Pepper qui ont eu la bonne idée de faire un solo de guitare à l'envers sur Give It Away. Avec Simone (c'est le titre de la chanson, ce n'est pas une personne) et Don't Stop, les Stone Roses poussent le bouchon encore plus loin puisqu'il s'agit respectivement de This Is Where Angels Play et Waterfall entièrement passés à l'envers ! Le même procédé avait été utilisé dès 1966 par Napoléon XIV sur la face B de They're Coming to Take Me Away Ha-Haaa!, avec le titre judicieusement nommé !aaaH-aH ,yawA eM ekaT oT gnimoC er'yehT.
Mais revenons à nos Fab Four favoris.
Merci, John.
Et sur Tomorrow Never Knows ? Au milieu de tous ces effets sonores mélangés dont il parait qu'il s'agit de morceaux de bandes magnétiques découpés et recollés au hasard (en fait, c'est faux, il s'agit de montages réalisés par Paul McCartney chez lui à partir de son rire, sa guitare et des verres qui s'entrechoquent, ensuite joués simultanément en boucle sur tous les magnétos des studios EMI - les bandes découpées et recollées au hasard, c'est le solo d'orgue apocalyptique de The Benefit Of Mister Kite, 'faut pas tout mélanger non plus). Sur Tomorrow Never Knows, donc, il me semble bien qu'il y a également un solo de bandes à l'envers, n'est-ce-pas ? "Il y en a aussi" dirait Francis Blanche comme dans les Tontons Flingueurs et il aurait bien raison, oui, le solo utilise la même méthode que sur I'm Only Sleeping.
Vérifions tout de suite l'effet "mise à l'endroit de l'envers" :
En fait, on a un peu du mal à distinguer la version normalement à l'envers de la version retournée à l'endroit en la mettant à l'envers, non ? (je me comprends, vous suivez ?) C'est comme si, à force de faire des bandes à l'envers en fumant de la marijuana sous LSD, les Beatles ne savent plus dans quel sens ils sont et ils jouent à l'envers quand ils sont à l'endroit ou vice-versa.
Eloignons-nous un peu du sujet des bandes à l'envers qui commence à m'embrouiller les neurones et intéressons-nous maintenant au sillon sans fin placé après A Day In The Life, dernier morceau de Sgt Pepper. Celui-ci a vraiment fait couler de l'encre et fantasmer de nombreux auditeurs.
Passé à l'envers, on pourrait entendre "Paul will back as a superman / Paul reviendra comme un surhomme", preuve indéniable que Paul est mort, n'est-ce pas ? Mais est-ce vrai ?
Ah non. On ne comprend pas plus ce qui est dit à l'envers qu'à l'endroit. Pour ma part, j'entends "I never pussy Anny" quand c'est à l'endroit et "Ouh ah inna hi supermen" à l'envers, ce qui ne veut strictement rien dire dans les deux cas. Mais je peux me tromper…
Des sources proches de sources bien informées par des gens ayant connu des sources présentes lors de certains enregistrements (mais il faudrait que je vérifie lesquels) disent que le groupe prononce une première phrase pouvant être entendue aussi bien à l'endroit qu'à l'envers, disant quelque chose comme "He never kissed me any other way / is he any other way" ou encore "it will be like this again" dans un sens et "very soon" dans l'autre. Hè, mais là aussi ça veut dire que Paul est mort, non ?!
Toujours selon les mêmes sources, la deuxième phrase, en arrière-plan, est enregistrée à l'envers et seule sa deuxième partie est compréhensible : "Supermen". Là, on est d'accord mais ça ne rime à rien et on n'est pas plus avancé.
Bref, pour résumer, mais on pouvait s'en douter, toutes ces histoires de messages cachés dans les bandes à l'envers des Beatles sont des foutaises à ranger dans le même placard que le yéti, le monstre du Loch Ness ou la création du monde en 6 jours (placard où on doit également mettre le free-jazz et l'opéra, pas qu'ils n'existent pas - malheureusement - mais il vaut mieux s'en débarrasser définitivement).
Restent des excellents morceaux et une inspiration pour de nombreuses générations de rockers.
The Byrds, Mind Garden :
Blur, She's So High :
The Stone Roses, Simone :
Red Hot Chili Pepper, Give It Away:
Napoléon XIV, They're Coming to Take Me Away Ha-Haaa! :
Napoléon XIV, !aaaH-aH ,yawA eM ekaT oT gnimoC er'yehT :
Les Tontons Flingueurs, la scène de la cuisine en entier :
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