lundi 19 septembre 2011

Le garage pur-jus



Le garage pur-jus, enregistré en une prise sur un magnéto de 4 pistes (au mieux), joué sur des instruments bas de gamme par des musiciens moyens mais motivés, ça existe depuis les débuts du rock'n'roll (et sans doute même avant), mais c'est au milieu des années soixante qu'on en trouve les plus beaux spécimens.
A cette époque, la plupart des petits groupes garage essayent de copier les grands de la British Invasion, Beatles et Stones en tête.
Mais il y en a aussi beaucoup qui produisent une musique basée sur le rockabilly, le surf, le folk et sur ce qu'on appelle le frat-rock, le rock pour danser pendant les fêtes étudiantes, tous ces styles étant des spécialités américaines.
Sous l'appellation garage pur-jus, ce sont quatre groupes de cette trempe que je vous propose aujourd'hui et les thèmes abordés vont des cafards qui grimpent partout aux filles qu'on invite à danser, en passant par des appels à la destruction des gares ferrovières et par des cris et des onomatopées festifs et dérangés.

The Statesmen, Roo-Buh-Doo-Buh-Doo




On ne sait presque rien de ce groupe et quand je dis "on", je veux dire "je", bien sûr.
Ce petit morceau dont le titre résume bien le fond (amusons-nous sans nous prendre la tête) doit être le seul morceau de surf-garage qui contient de la flute à bec. A moins qu'il ne s'agisse d'une flute traversière (j'ai des doutes) mais, dans ce cas, ça ne change pas grand-chose à mon (maigre) propos et ce serait alors sans doute le seul morceau de surf-garage avec de la flute traversière.
Outre cet étrange instrument à vent, les paroles sont l'autre point fort de la chanson.
"Ol'la coucou, rouco nouna !" est-il dit à un certain moment et il fallait oser le faire.
Ce titre est ressorti des limbes en 1985 sur le Peebles volume 17, les Peebles étant des compilations spécialisées dans le garage américain, sauf lorsque précisé dans le titre, et vu les influences surf du morceau, j'ai toujours pensé que les Statesmen étaient américains. Mais la seule autre trace d'eux que je trouve sur le web indique que leur 45 tours est sorti en 1964 sur un label australien, W&G Records. Comme les australiens aiment beaucoup le surf, ils sont peut-être finalement australiens ? Mais sur ce label, on retrouve aussi bien Trini Lopez et Paul Anka que les 101 Strings, le London Philharmonic Orchestra ou Louie Louie des Kingsmen. Et the Statesmen s'appellent ici The American Statesmen, alors…
Bref, à part que c'est du bon garage surf, que c'est sorti en 1964 et que ça a été composé par un certain monsieur (ou madame ?) Lerner, "on" ne sait rien de ce groupe mais ça n'empêche pas "on" d'apprécier !

Los Saicos, Demolicion




Los Saicos, ce sont quatre jeunes péruviens de la région de Lima, fan de rock'n'roll à peine sortis du lycée, qui décident de monter un groupe en 1964. Au départ ils se nomment los Sadicos mais pour échapper à la censure, il retire le "d". En argot péruvien, "un saico" c'est "quelqu'un qui n'a peur de rien et qui positive" et phonétiquement, en anglais, ça ressemble à "psychos", les fous, et ça leur plait aussi.
Il semblerait bien que los Saicos soient une génération spontanée de punk-rockers sud-américains. Ils disent qu'ils ne connaissaient pas le garage des Etats-Unis quand ils ont commencé et que leurs influences étaient les Beatles et les Ventures. Je les crois sans peine mais j'ai du mal à imaginer que le Surfin' Bird des Trashmen, sorti en 1963 et n°4 au hit-parade américain, leur ai échappé et qu'il soit totalement étranger à leur dérangé et délicieux Demolicion sorti en 1965.
Quoiqu'il en soit, los Saicos, c'est un groupe de garage pur-jus unique en son genre pour plusieurs raisons :
- D'abord, le chanteur, à défaut d'avoir un beau filet de voix, déverse un torrent de graviers, de galets et de lave lorsqu'il ouvre la bouche.
- Ensuite, les paroles qui incitent à la destruction d'une gare n'ont aucun équivalent. Même si, aujourd'hui, il existe moult morceaux qui incitent à tuer du flic, je ne crois pas qu'il en existe qui incite à s'en prendre à une station de train - mais je ne suis pas un grand adepte du rap, bien au contraire, et je peux me tromper.
- Et surtout, cas unique pour un groupe garage, ils ont eu un succès fou chez eux. Toute leur production est entrée dans le hit-parade national (six 45 tours en tout et pour tout). En 1965, ils auront même leur propre show télé ! A leur suite, un certain nombre de groupes rock verront le jour au Pérou, ils sont la graine séminale qui a donné vie au rock péruvien.
En 1966, les quatre garçons décident que ça suffit. Ils se séparent sans donner d'explication et disparaissent dans les limbes, accentuant ainsi leur statut de groupe mythique.

Aujourd'hui, mythe et succès du garage oblige, ils se sont reformés (-1 qui est mort en 2005) et il y a même un film sur eux :


Mitch Ryder And The Detroit Wheels, Little Latin Lupe Lu




Comme leur nom l'indique, ce groupe est originaire de Detroit.
Par contre, il est plus difficile de deviner que le chanteur s'appelle en réalité William Levise Junior, Mitch Ryder étant un nom de scène trouvé… dans un annuaire téléphonique lorsque leur précédente appellation, Bill Lee and the Rivieras, leur est disputée par un autre groupe (celui de California Sun), alors que le problème posait sur les Rivieras et pas sur Bill Lee !
Formé au début des années soixante, le groupe fit quelques hits entre 1964 et 1967 avant que Mitch Ryder, poussé par le manager, décide de tenter sa chance en solo.
Little Latin Lupe Lu, atteindra la 17e place en 1966 et, comme nombre de chansons cataloguées frat-rock, elle fut reprise un nombre de fois incalculable par un nombre de groupes incalculable lors d'un nombre de bals étudiants incalculable…
Comme de nombreux groupes de la région, ils subissent une forte influence Soul (n'oubliez pas Tamla Motown), à laquelle s'ajoute souvent une âpreté liée aux conditions de vie, climatiques (i' fait froid) et sociales (beaucoup d'ouvriers) qui se révèle par un côté rock assez violent (n'oubliez pas les Stooges). Mais Little Latin Lupe Lu est avant tout fait pour danser, alors, levez-vous et remuez vos jambes, vos bras, vos têtes et vos hanches, 1, 2, 3 !

The rivieras, California Sun :


Judge 'N Jury, Roaches




Et voici la partie avec les cafards et autres blattes.
Ce 45 tours de Judge'n'Jury est sorti en janvier 1967 chez Verve. Il a été produit par Tom Wilson, l'homme qui, à la même époque, travaillait également avec les Mothers Of Invention et le Velvet Underground.
Mais pas de psychédélisme ou d'expériences expérimentales sur ce vinyle. On a affaire à du garage basique à forte tendance frat-rock pour la rythmique dansante, avec une couche de rockabilly pour les cris de joie moqueurs et une touche de délicatesse au niveau des paroles :
Il invite une jeune fille chez lui mais ça grouille de cafards, jusque dans ses cheveux et elle s'enfuie. Mais, c'est pas grave, il va se marier avec une jolie petite blatte et ensemble, il auront plein d'enfants. Plein d'enfants qui grouillent dans les escaliers.
Je sais pas vous mais moi, je mangerais bien un p'tit kekchose maintenant.

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