vendredi 16 septembre 2011

Les Pale Saints



C'est en entendant You Tear The World In Two que mes oreilles sont tombées amoureuses de la musique des Pale Saints.
Les ruptures surprenantes qui déstructurent et relancent les refrains .
La voix éthérée et mélancolique qui surnage au milieu du chaos de saturations.
Et ce solo de guitare rythmique destroy.
Je crois que je ne me lasserais jamais de tout ça, même si aujourd'hui je préfère Way The World Is qui a les mêmes qualités avec un je-ne-sais-quoi de plus. En fait, c'est un je-sais-quoi finalement : les guitares sauvages sont plus présentes, le très court solo est carrément terrible et sa fin brutale plutôt surprenante. De plus, la batterie sur-speedée pleine de roulements de toms laisse peu de place à la respiration et j'adore ça. Si l'on ôte les 35 secondes de l'introduction noisy et le larsen final de 10 secondes, le morceau fait moins de 2 minutes, durée idéale pour les vraies pépites.

Way The World Is :


You Tear The World In Two :


Les Pale Saints ont vu le jour à Leeds en avril 1987 lorsque Graeme Naysmith (guitare) et Chris Cooper (batterie) répondent à une petite annonce passée par Ian Masters (basse et chant).
Après une première année dédiée à la composition et aux concerts dans la région, le groupe se lasse du format habituel " chanson/applaudissements/chanson/applaudissements " (!) et ils décident de remplir les blancs avec des improvisations à forte tendance psychédélique. Cette idée fait mouche, leur attire un public plus large et sera désormais une de leurs marques de fabrique.
En 1989, ils enregistrent une seconde maquette (la première est sortie l'année précédente sur flexi-disc et leur a permis malgré une faible diffusion d'obtenir des concerts en dehors de leur région d'origine) et ils l'envoient à tous les labels indépendants qu'ils connaissent.
En retour, ils n'obtiennent pas de contrat mais un concert à Londres.
Coup de bol, à ce concert, il y a Ivo Watts-Russell, un des fondateurs du label 4AD qui leur propose immédiatement de les prendre dans sa prestigieuse écurie (New Order, Bauhaus, Pixies, Breeders).
Un premier EP, basé sur leur maquette, voit rapidement le jour. Le NME et le Melody Maker le remarque et adopte le terme "Shoegaze" pour définir leur style (et celui d'autres groupes du moment dont My Bloody Valentine, Ride et les Boo Radleys qui usent et abusent également de la saturation pour recouvrir des mélodies pop). "Shoegaze" veut dire "regarder ses chaussures", rapport au jeu de scène débridé des artistes ! Aujourd'hui, on retrouve aussi les Pale Saints sous l'étiquette Dream Pop.



En 1990, 4AD sort le premier album des Pale Saints, The Comfort Of Madness, dont sont tirés les deux morceaux mis en avant dans cet article. Le reste de la production est plus calme, parfois même à la limite du soporifique mais le groupe sait passer du froid au chaud et entre deux mélodies mollassonnes, il y a souvent des éclairs de violence saturée qui contrastent agréablement. Comme sur scène, pas de blanc entre les morceaux qui s'enchainent dans des larsens ou des bruits électroniques étranges. En plus de Way The World Is et You Tear The World In Two qui ouvrent l'album, Fell From The Sun dont le solo rageur est fantastique et True Coming Dream au tempo énervé sortent également du lot. Même certaines ballades comme Little Hammer ou Insubstantial (avec son final pas-du-tout-ballade et franchement vénère) sont des réussites. Ce mélange de douceur et de brutalité, de fragilité et de force, dont on ne sait s'il est le fruit d'un savoir-faire ou d'une intuition géniale un peu maladroite (je penche pour la deuxième option) fait une grande part du charme de cet album, et du groupe.

Ian Masters est indéniablement LE cerveau des Pale Saints. C'est lui qui compose la majorité des titres et c'est sa voix d'angelot pré-pubère qui crée le contraste avec la musique bruitiste. Légèrement fantasque, il donne, parait-il, des interviews surprenantes où la vérité laisse souvent la part belle à la spontanéité et aux blaguinettes. Les journalistes l'adorent.

Depuis ses débuts, le trio fait appel à des guitaristes de passage pour étoffer ses enregistrements et soutenir ses concerts mais ils veulent un deuxième guitariste bien à eux. Fin 1990, Meriel Barham, anciennement guitariste-chanteuse de Lush, les rejoint.

Leur second album, In Ribbons, sort en mars 1992. Contrairement à de nombreux fans du groupe, j'avoue que cet album m'ennuie un peu et j'ai une très nette préférence pour The Comfort Of Madness. Sous l'influence de Meriel Barham qui compose, et aussi, assez naturellement, parce que les musiciens jouent de mieux en mieux, le côté un peu foutraque des débuts est lissé, gommé et je trouve ça bien regrettable.

Il y a heureusement quelques bons titres. Throwing Back the Apple est celui qui rappelle le plus leur premier LP. La voix douce et fluette de Ian Masters lâche une mélodie imparable appuyée par un gros son et une rythmique pratiquement dansante bien que saccadée. Il aurait presque pu faire un tube mais n'atteindra que la 61eme place et restera seulement une semaine dans les charts anglais. Ordeal est pas mal dans le genre ballade noisy. Hunted, long morceau de 7'42'', contient quelques bons moments psychédéliques. Les morceaux chantés et composés par Meriel Barham, trop sages et trop propres, sont indéniablement plus faibles que ceux de Ian Masters. Outre le manque de folie, manifeste, je regrette aussi la mollesse de l'ensemble qui ne contient aucune chanson de la classe et de l'urgence de Way The World Is ou You Tear The World In Two.

En 1993, Ian Masters, lassé par les tournées incessantes et déçu par le tournant musical pris par le groupe, quitte la barque. Contre toute attente, les autres décident de continuer leur route sous le même nom et ils engagent une bassiste, Colleen Browne, pour le remplacer.

Un troisième album verra le jour en 1994, Slow Buildings. Mais finalement, l'absence de Ian Masters est trop présente ! L'album manque de fragilité et d'âme. Au mieux, on a droit à du Breeders à la sauce shoegaze (Under Your Nose qui est pas mal du tout quand même, mais c'est le seul bon morceau). Au pire, on est plutôt du côté d'une variété-rock-new-wave soporifique typique des 90's et on s'ennuie beaucoup, ce ne sont plus que de pâles Pale Saints. Le public, comme les critiques, ne s'y tromperont pas et après quelques tournées, le groupe splittera finalement en 1997 (ils auront quand même mis trois ans à comprendre !).

De son côté, Ian Masters se lance immédiatement après son départ dans des projets plus expérimentaux, Spoonfed Hybrid, ESP Summer ou Friendly Science Orchestra.
Je ne connais pas tout mais ce que j'ai pu entendre est assez éloigné de la noisy-pop. Il s'agit plutôt d'une pop-folk très douce et fragile à la Duncan Browne avec parfois de rares accents Brian Wilsonnesques bienvenus (forcément). C'est plutôt pas mal et parfois même c'est très bien mais, si c'est beaucoup mieux que les pilules amères du Slow Buildings des Pale Saints en phase terminale, je n'ai rien entendu d'aussi bon que les pépites de The Comfort Of Madness.
Ian Masters vit aujourd'hui au Japon (Fukishima ?) et il sort de temps en temps des morceaux électroniques plutôt chiants...

Hunted, live à Brixton en 1991 :


Fell From The Sun, 1990 :


Under Your Nose par les pâles Pale Saints, 1994 :


ESP Summer, Snows, 1994 :


Duncan Browne, Ninepence Worth of Walking, 1968 :

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