Sado Maso, 1979
Femmes sous cellophane, 1979
La Danse Des Poignards, 1980
Femme Fusée, 1981
S.O.S. Amitié, 1981
C'est vrai qu'ils sont arrivés après la vague des Metal Urbain, Dogs, Stinky Toys et autres Asphalt Jungle et ne peuvent à ce titre pas bénéficier du label "punk séminal" qui auréole les sus-cités.
C'est vrai aussi que leur réputation de fils-à-papa (ils viennent tous du 16eme arrondissement et ont des têtes de premier-de-la-classe) les a beaucoup desservis dans le microcosme des rockers parisiens où il vaut mieux être un prolo fils de prolo pour avoir une certaine crédibilité.
Et je me demande également s'ils n'ont pas été victimes d'une forme de phallocratie de la part d'un public rock traditionnellement testostéroné, voire de racisme primaire (les deux tiers du groupe étant libanais) de la part de certains franchouillards franchement pas frais.
Pourtant, Edith Nylon est réellement un des plus grands groupe de rock français du multivers.
Leur musique est originale, efficace et mêle l'énergie punk à la fausse froideur de la new-wave. Si la production a indéniablement pris un sérieux coup de vieux, les compositions, elles, n'ont pas pris une ride et certaines de leurs chansons pourraient être jouées aujourd'hui par des groupes de la récente vague des "baby rockers" comme les Shades, par exemple.
En ce qui me concerne, je place leurs trois premières galettes tout juste derrière celles des Dogs dans mon panthéon du rock français.
Tout commence en 1977 lorsque Mylène Khasky rencontre Christophe Boutin qui a décidé de passer ses vacances à faire la manche, la guitare autour du cou, sur la côte normande. C'est le coup de foudre immédiat et leur idylle durera le temps du groupe. Ce même été, le tout jeune couple, accompagné par Zaco Khasky, le petit frère de Mylène, et Albert Tauby, leur cousin, passe quelques temps à Londres en pleine effervescence punk. Ils voient sur scène les Buzzcocks, les Members, Magazine, entre autres, et prennent une bonne claque en même temps qu'une décision : ils monteront un groupe punk (avec synthétiseur pour faire moderne) qu'ils appelleront The Worms.
Début 1978, ils rencontrent Alain Maneval, animateur de l'émission Pogo sur Europe 1. Il flashe sur eux et devient leur manager. C'est lui qui leur demande de changer leur nom en Edith Nylon qui est au départ le titre d'un de leurs morceaux. Mais la vision pop-novo-dans l'air du temps qu'a Maneval ne correspond pas à celle que les rockers ont d'eux-mêmes, aucun contrat n'est est vu et des tensions naissent. A Tel point qu'à l'été 1978, le groupe range ses instruments au placard !
Heureusement, ils décident de les ressortir le temps d'un concours rock organisé par Holywood chewing-gum en Normandie. Par chance et par un hasard complet, Patrice Fabien, un des deux directeurs artistiques de CBS assiste au concert et adore ce qu'il voit et entend. Il leur propose un contrat quelques semaines plus tard.
Le groupe, alors composé de Mylène Khasky (chant et synthé), Christophe Boutin (guitare), Zaco Khasky (guitare), Albert Tauby (batterie) et Laurent Perez (basse), commence à enregistrer son premier album en octobre 1978 au studio Aquarium chez Dominique Blanc-Francard puis au studio Ferber sous la houlette de Patrice Fabien.
Christophe compose les musiques et Mylène écrit les paroles. Les thèmes sont souvent sujets à controverses et abordés assez crument : l'avortement est vu du coté du fœtus sur Avorton ; La vie de famille aboutit à la mort de mamie sur Ma Jolie Famille ; Les sévices sont décrits en détail sur Sado Maso ; L'euthanasie est abordée sans fard sur Euthanasie. Outre une tendance indéniable à utiliser à tout-va des termes biologiques et génétiques (parfois jusqu'au ridicule, il faut bien l'avouer), on note aussi un fort penchant féministe assumé mais pas revendicatif souvent démontré par l'absurde comme sur Femme Sous Cellophane ou Edith Nylon.
L'album sobrement intitulé Edith Nylon sort en juillet 1979 et se vend aux alentours des 30 000 exemplaires. Ce n'est pas si mal mais au même moment, les affreux Trust vendent beaucoup plus de disques et trustent le top 50. Alors CBS délaisse les fils de bourges pour ces authentiques rockers aux bras musclés et aux moumoutes fournies. Bonne idée pour remplir les caisses du label, mauvaise idée pour le rock français…
CBS propose tout de même une suite à leur premier album. Le groupe ira à Londres entre décembre 1979 et janvier 1980 pour y enregistrer un maxi : Quatre Essais Philosophiques.
Quatre essais transformés qui sonnent comme une suite logique à leur premier album.
Quatre chansons réussies où les riffs de guitare rock se mêlent à des synthés saturés new-wave.
Quatre morceaux uniques dont les textes abordent des thèmes ausi sérieux que les petites annonces de mariage, le ménage, les religions monothéistes ou les dictatures asiatiques.
Comme, malgré un format bâtard et un prix légèrement élevé, le maxi se vend plutôt pas mal et qu'en plus, grâce à Jean-Bernard Hebey, il passe beaucoup sur RTL, CBS décide finalement de payer un deuxième 33 tours au groupe. Edith Nylon s'adjoint alors un pianorganiste, Frédéric Noyé, Zaco et Laurent échangent basse et guitare et, en septembre 1980, tout ce petit monde retourne à Londres au Wessex Studio où Clash est en train d'enregistrer Sandinista. Séduits par l'énergie et la musique de nos petits français, Mike Jones fera même des chœurs sur la chanson Johnny Johnny et Topper Headon, des percussions sur Taïwan.
L'album, Johnny Johnny, sort en janvier 1981.
Les morceaux sonnent plus rock que new-wave même si les synthés sont toujours présents et il y a aussi quelques effluves reggae, enfin, plutôt reggatta pour être honnête.
Ce mélange assez étonnant donne au disque un ton original et personnel et, ajouté aux deux premières galettes, donne au groupe sa place unique dans le rock français.
Mais les relations avec CBS se gâtent et, alors que la voie du succès semble enfin ouverte au groupe, le lendemain d'un concert triomphal plein à craquer au Palace, le label renvoie Edith Nylon pour "horreur mutuelle" ! Zaco et Albert, un peu dégouttés, et pas toujours d'accord avec les positions plutôt radicales de Mylène et Christophe, quittent le navire.
Le trio de survivants trouve de nouveaux musiciens et signe avec un petit label anglais, Chiswick. En 1982, ils sortent un double album inégal, Echo Bravo.
Après une tournée, Edith Nylon lâche l'affaire et met fin à ses jours, les plus beaux étant déjà derrière eux.
Une histoire qui tourne en eau de boudin (quelle belle expression). Ce groupe flamboyant et unique aurait pourtant mérité un plus grand succès. Mais peut-être les aurais-je moins aimé ?...
Avorton, sur le plateau d'un Philippe Bouvart dépité :
Comme le son est pourri, que le morceau n'est même pas en entier et que c'est un de mes prefs, cadeau :
Edith Nylon, extrait du nanard La Brune et Moi de Philippe Puicouyoul :
Cinémascope, clip télé :
En prime, quelques coupures de presse de l'époque :
vers 1980 jean-bernard hebey avait dit: dans quelques annés on ne se souviendra plus que de deux groupes: telephone et edith nylon
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