Malgré son barrage yéyé-cucul, la France n'a heureusement pas été complètement épargnée par la pédale fuzz et la vague de rock garage mid-sixties.
Un des représentants le plus parfait de cette vaguelette (remettons tout de même les choses à leur place) est le jeune Jacques Dutronc avec ces morceaux parfaits que sont Mini Mini Mini et On Nous Cache Tout, On Nous Dit Rien, par exemple.
Ayant fait la carrière que l'on sait, il ne mérite pas de figurer dans cet article (il mérite plutôt son propre billet, ça viendra...) mais il y a également eu des petits groupes éphémères, parfois sauvages, parfois plein de LSD, parfois plein de talent, un peu comme leurs cousins anglo-saxons.
Les Boots - Laissez briller le soleil
Robert Fitoussi (Basse, Chant), Farid Khaldi (Guitare, Chant), Jean-Claude Barre (Batterie), anciennement Les Trèfles, sont rejoints fin 1965 par Joël Rive (Guitare), ancien musicien de Ronnie Bird. Ensemble, ils forment les Boots. Signés par Polydor, ils sortent 2 super-45 tours 4 titres en 1966 composés uniquement d'originaux. Ils furent parmi les premiers français à ne pas se contenter de reprises francisées (et aseptisées) des tubes anglais ou américains.
Laissez Briller Le Soleil est une protest-song anti-guerre bien de son temps mais ce sont surtout son rythme endiablé, le solo harmonica/guitare plutôt destroy et la diction précise et hachée du chanteur qui font son charme et sa qualité à l'anglaise. En 1967, Polydor renvoie le groupe dont les ventes ne sont pas jugées suffisantes et c'est la fin de leur courte histoire.
Robert Fitoussi continuera dans la musique sous le sobriquet de FR David. Il croisera les Variations (un des rares groupes de vrai rock dans la France des 70's) et Vangelis (rappelez-vous, Aphrodite's Child) puis fera un tube, Words, en 1982. Certains disent qu'il a eu en Russie une carrière comparable à celle de Mireille Mathieu au Japon !.
Farid Khaldi se renommera Denis Pépin, sans doute en signe d'intégration sociale et pas du tout pour masquer ses origines au public français si ouvert, et il obtiendra quelque (sans s) succès en 1974-75 en particulier avec des reprises de Brassens. Il sortira quelques disques tout au long des 70's, débordant même un peu sur les 80's avant de s'évanouir dans les limbes de l'anonymat.
Jean-Pierre Kalfon - Chanson Hebdomadaire
Dans la famille garage-punk, La Chanson Hebdomadaire de Jean-Pierre Kalfon, sortie en 1965, se pose là ! Déjà, il y a les paroles moqueuses et irrévérencieuses sur les stars du moment, l'église et les journaux pas encore nommés pipoles mais déjà poubelles. Il y a aussi cette méchante basse fuzz et ces ruptures de rythme surprenantes. Mais surtout, il y a la voix approximative et agressive de Jean-Pierre Kalfon qui éructe son texte avec conviction. En 1965, même chez nos amis anglais ou américains, il y avait très peu de groupes aussi violents.
Jean-Pierre Kalfon est plus connu pour son activité d'acteur mais il a toujours eu un pied dans le rock'n'roll. Souvent le pied gauche, il faut bien l'avouer, mais avec ce titre à son actif et son attitude résolument punk, je lui pardonne tout le reste !
Jean-Pierre Kalfon est né à Paris en 1938 et ses parents le destinaient à des études de médecine. Il préférera fuguer en Belgique où il dessine à la craie sur les trottoirs et joue de la guitare devant les terrasses des bistrots pour se faire un peu de pognon. Arrêté pour falsification de carte d'identité, il fera 3 mois de prison puis ira en maison de redressement en France. C'est un voyou, quoi !
Mais sa mère le reprend en main et il suivra d'abord des cours de décoration, puis des cours de théâtre qui l'amèneront où on sait (et je ne vais pas détailler, on n'est pas sur un blog de théâtre ou de cinéma).
En parallèle de son métier d'acteur, il participera à quelques groupes de heavy rock : les Crouille-Marteaux, Sugar Baby Bitch, Kalfon Rock Chaud et Monsieur Claude avant de reprendre une carrière musicale solo dans les années 80.
Jean-Pierre Kalfon est resté tout au long de ses deux carrières une espèce de renégat underground et dejanté comme il n'y en a pas assez par chez nous. Longue vie à ce vieil insoumis !
Le Bain Didonc - 4 Cheveux Dans Le Vent
Originaires de Colombes, banlieue parisienne bien connue de votre serviteur, le Bain Didonc est composé de Serge Koolenn (guitare), Jean-Pierre Demetri (guitare), Henri "Riquet" Séré (basse), Jean-Jacques Kravetz (orgue) et Richard Dewitte (batterie).
Ils officiaient auparavant dans Les Piteuls, groupe spécialisé dans les reprises des Beatles comme leur nom l'indique avec dérision, et ils triomphèrent au Golf Drouot en 1964.
Les 5 colombiens (non, on ne dit pas colombuns) enchaînent ensuite concerts sur concerts partout en France et en première partie des Kinks, des Who et des Rolling Stones à Paris.
Ne pouvant utiliser le nom Piteuls jugé trop moqueur et potentiellement attaquable par les puissants Beatles, ils sortent quelques galettes sous différents noms.
Une seule sous le nom au jeu de mot plutôt foireux Le Bain Didonc. Ce décoiffant 4 Cheveux Dans Le Vent est sorti en 1965 ou 1966, ici les sources divergent (et c'est beaucoup, merci monsieur Desproges).
La rythmique, l'orgue et les larsens de guitare préfigurent le psychédélisme et à ce titre, ce morceau est aujourd'hui classé sous l'étiquette fourre-tout Freak Beat.
Le groupe accompagna Charles Trenet (si si !) pendant toute l'année 1966. Il leur écrira même une chanson, Renaud La Guerre, sortie sous le nom de Pierre, Paul Ou Jacques.
Les Papyvores, avec Le Papyvore, petit morceau sorti en mai 1967 et complètement psychédélique cette fois, c'est eux aussi !
Ils rejoignent ensuite Michel Polnareff avec lequel ils firent de longues tournées mondiales : Amérique du Sud, Europe et Japon.
En 1970, lorsque Polnareff quitte la France pour les Etats-Unis, les compères se retrouvent au chômage forcé.
C'est en 1971 que Serge décide de monter un trio, à la Mamas And Papas, avec sa femme Joëlle et Richard : Ainsi naquit Il Etait Une Fois qui enchaînera les tubes de variétoche dans les 70's mais c'est une autre histoire qui m'intéresse beaucoup moins.
Antoine et les Problèmes - Je Ne Vois Rien
Bien qu'ayant eu le succès que l'on sait en jouant l'anti-Johnny de bon aloi, Antoine, lorsqu'il était accompagné par Les Problèmes (qui ne sont autres que les futurs Charlots, grands pourvoyeurs de nanards à la France profonde des 70's), produisait une musique franchement garage à la hauteur de tous ses contemporains anglo-saxons.
L'album Antoine rencontre les Problèmes mérite d'être écouté dans sa totalité mais Je Ne Vois Rien est bien représentatif de sa veine la plus garage.
Un bon riff de basse fuzz bien sale, une petite guitare solo débridée très British Blues Boom, quelques ruptures de rythme bien senties, une basse sans fuzz ronde et pleine de notes, le tout ajoutés à des paroles contestataires lancées d'une voix nasillarde font de ce titre un archétype du garage à la française.
Malheureusement, Antoine, après une longue période de voile en solitaire, nous reviendra le cheveu gras, la barbe hirsute, la chemise hawaïenne laide et il finira masquotte publicitaire pour un lunettier. Dernier pied de nez à Johnny Haliday, son ennemi des 60's ou plus simplement besoin d'argent ?
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