"Captain Smith and Pocahontas had a very mad affair"…
Pour le jeune français pas toujours au fait des contes et traditions nord-américains, la première partie de cette phrase s'apparente plus à des borborygmes indistincts qu'à une phrase intelligible (du moins jusqu'à la sortie en salle du dessin animé Walt Disney "Pocahontas" qui éclaira cette suite de sons d'une lumière saisissante !). Il n'aura pourtant échappé à personne (pas même à ce jeune français sus-cité et peu doué en langues étrangères) que les paroles de cette chanson traitent d'un sujet riche, complexe, universel et torride: les relations amoureuses.
Le texte de Fever a été écrit par Joe Tex, chanteur/auteur/compositeur de soul américain qui connut le succès dans les années 60, mais fut signé par un certain Eddy Cooley qui acheta le texte 300 dollars à Joe Tex. La musique fut composée par Otis Blackwell, celui-là même qui composa également Don't Be Cruel, All Shook Up et Return To Sender pour Elvis Presley ou Great Balls Of Fire pour Jerry Lee Lewis, excusez du peu !
La première version, chantée par Little Willie John, est sortie en 1956 et s'est vendue à plus d'1 million d'exemplaires mais l'enregistrement le plus célèbre date de 1958 et est interprété par Peggy Lee. C'est d'ailleurs elle qui rajoute le couplet sur Pocahontas et son captain Smith.
La chanson fut ensuite reprise par de nombreux artistes aux styles variés dont Les Cramps, Nougaro, Les Jam, Ella Fitzgerald, Vince Taylor, Ray Charles, Nina Hagen, Joe Cocker ou Céline Dion !
Mais la version dont je vais vous entretenir n'est aucune de celles-là et je suis presque sûr qu'à part quelques maniaques que l'on pourrait compter sur les doigts d'une main (spéciale dédicace à Fred Combo !), personne ne la connaît (elle n'est d'ailleurs même pas listée sur la page wikipédia dédiée à Fever !).
Il s'agit de celle des Delmonas, sortie en 1985 sur leur album Dangerous Charms.
Impossible de ne pas dire ici quelques mots sur Billy Childish, âme et leader des Milkshakes : originaire de Chatham, dans le Kent, il est à la fois peintre, écrivain, poète, musicien et ardent partisan et défenseur de l'expression libre et de l'amateurisme. Il a publié plus de 40 recueils de poésie, 3 romans, peint plus de 2000 tableaux et enregistré plus de 100 albums (pour l'instant…!). Toute sa production musicale est d'essence "garage rock", c'est presque une profession de foi pour lui, et cet album des Delmonas ne déroge pas à la règle.
Leur version de Fever n'est pas la plus sensuelle, difficile de faire mieux que Peggy Lee sur ce point; ce n'est pas non plus la plus habitée, celle des Cramps est pas mal dans le genre; ni même la mieux chantée, Ella Fitzgerald ne s'en sort généralement pas trop mal au niveau des cordes vocales…
Mais alors pourquoi l'avoir choisie ?
Tout d'abord pour répondre à une demande personnelle et pressante de ma chère et tendre, "Feveriste" avertie.
Ensuite, pour avoir l'occasion de parler un peu de Billy Childish.
Et enfin car il me semble qu'il s'agit là d'une des versions les plus gaies et les plus originales de ce morceau grâce aux arrangements garage typiquement Childishien qui surprennent sur ce morceau habituellement plutôt jazzy, grâce aussi au rapprochement, pas si évident au départ, qui est fait avec Louie Louie (pour la suite d'accord) et Hang On Sloopy (pour les yeah, yeah qui se répondent).
Comment faire de l'original avec du réchauffé !
Inutile de préciser que cette chanson ne fut un tube, ni en Angleterre, ni aux states, ni même dans le Lot-et-Garonne, mais on pouvait s'y attendre et ça n'enlève rien à cette petite pépite !
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