The Cure est un groupe punk.
Et je le prouve.
So What? est le troisième morceau de la deuxième face de Three Imaginary Boys, le premier album de Cure sorti en mai 1979. Je précise ça car sur le vinyle, aucun titre n'apparait ni sur la pochette ni sur la galette. A la place, on a droit à des photos et des pictos énigmatiques. Enigmatique, la pochette l'est également : sur un fond rosâtre se détachent une lampe, un frigo et un aspirateur. Personnellement, j'ai toujours apprécié cette approche décalée et, je n'hésite pas à le redire (car je manque un peu de vocabulaire) : énigmatique. Il parait que l'aspirateur, c'est Lol Tolhurst, le batteur mdr ; le frigo, c'est Michael Dempsey, le bassiste ; et la lampe, c'est Robert Smith. J'apprends aujourd'hui même en préparant ce petit article que Robert Smith a toujours détesté cette pochette qui lui a été imposée par la maison de disque et j'avoue être quand même un peu déçu…
Mais So What? n'est pas qu'un numéro de plage sur une galette de vinyle.
C'est aussi, pour moi (mais je ne suis certainement pas le seul), une putain de madeleine de Proust ! Pardon pour la grossièreté, c'est sorti tout seul mais ça exprime plutôt bien ce que je ressens… Une satanée madeleine de Proust, une énorme madeleine de Proust, une incroyable madeleine de Proust, une puissante madeleine de Proust, une phénoménale madeleine de Proust, c'est plus correct mais ça le fait moins bien. Retour en 1979, affalé quelque part à Courbevoie (dans la chambre de Fabrice), les narines et l'esprit plein d'eau écarlate, écoutant So What? pour la première fois, je sais que Robert Smith va dire "Decorating Set" (enfin, phonétiquement parlant) avant qu'il le chante et je n'en reviens toujours pas. J'en profite pour dire que l'album entier semble avoir été spécialement produit pour être écouté sous eau écarlate tant chaque son se détache distinctement dans un écho brillant et métallique !
So What? , c'est également le morceau de Cure qui ressemble le moins à Cure et comme je suis un peu vicieux, c'est celui que j'ai décidé de mettre en avant. Car si des chansons comme Grinding Halt, 10.15, Accuracy, Object, Fire In Cairo, Boys Don't Cry, Jumping Someone Else's Train ou Killing An Arab sont aussi de sacrées madeleines de Proust - ah tiens, sacré, ça passe pas trop mal en fait- elles sont déjà trop Cure pour satisfaire mon penchant naturel à la contradiction.
Mais, finalement, la seule bonne raison de mettre ce titre en avant, c'est que So What? est un putain de bon morceau (pardon, ça m'a repris, je voulais dire un sacré bon morceau), de l'excellente pop-punk énergique et débridée.
On reconnait bien son timbre mais le gros Robert (qui est encore à peu près svelte à cette époque et mériterait donc plutôt le surnom de petit Robert me permettant ainsi de faire un jeu de mot tout droit sorti du dictionnaire) n'a pas encore complètement trouvé sa voix et j'entends un peu de Johnny Rotten par-ci, un peu de Pete Shelley par-là, ce qui n'est pas pour me déplaire. Cependant, la structure et la mélodie de cette chanson sont très étranges et lui confèrent un caractère plutôt particulier. Robert Schmidt, qui n'a alors que 20 ans, dont, il est vrai, déjà 5 au sein de plusieurs groupes de rock (le premier the Obelisk ayant démarré en 1973 !), est doté d'un talent original et d'un organe puissant.
L'album Three Imaginary Boys et quelques singles, comme Killing An Arab, Boys Don't Cry ou Jumping Someone Else's Train (soit, tout simplement, la crème-de-la-crème de Cure), ont été mis en boite en 1978 dans les conditions du live, en quelques nuits, dans le studio utilisé la journée par the Jam qui enregistre alors All Mod Cons. Assez peu d'overdub et, au final, une production très propre avec la voix bien en avant, chaque instrument bien audible (y en a que trois alors c'est pas si difficile de les distinguer !) et quelques effets sonores très "eau écarlate", j'insiste (le son des guitares sur Foxy Lady, le cri glaçant à la fin de Subway Song qui clôture la première face et tant d'autres petits détails que je vous laisse le soin de découvrir vous-même si ce n'est pas déjà fait…). Ce minimalisme n'est pas exactement le fruit d'un choix artistique. Il est plutôt imposé par le manque de finance de leur producteur (Chris Parry, ancien manager des Jam - oui encore eux mais ce sont bien les seuls points communs entre les deux groupes) et l'inexpérience du groupe en studio. Ce minimalisme donne cependant une couleur et une ambiance très particulières au disque. A l'époque, une légende disait que ce son avait été obtenu en insérant des pistes vides au moment du mixage. Aujourd'hui, je trouve cette histoire plutôt absurde mais la sonorité si originale de cet alboum méritait bien une légende…
On me dit à l'instant dans l'oreillette que Robert Smith n'était pas satisfait du résultat qu'il trouvait trop propre et superficiel, manquant de corps. Encore une nouvelle déception, je regretterais presque d'avoir fait ce billet ! Mais je ne suis pas si surpris que ça car, même si certains titres comme Three Imaginary Boys ou Another Day annoncent la cold-wave à venir, les Cure de 1979 n'ont, tout compte fait, pas grand-chose à voir avec ceux des années qui suivent. Dans leur période Seventeen Seconds, Faith, Pornography, ils sont trop mous et trop tristes et dans leur période Love Cats, Caterpillar et compagnie, trop commerciaux. Finalement, leurs chansons des débuts sont la parfaite synthèse entre les deux, ni trop tristes, ni trop commerciales, mais un peu de chaque, avec la fraîcheur en plus et c'est sans doute pour cela qu'elles sont si bonnes.
Live en 1979, l'émission rock française indispensable de l'époque Chorus :
Forest (alors intitulé At Night), Killing An Arab et Three Imaginary Boys :
C'est dommage, il y a un décalage image/son et Robert Smith porte un pantalon de jogging rose !
Les Fantastiques reprennent Killing An Arab :
C'est dommage, il y a quelques pains mais tant pis, ce sont les risques du direct !
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