samedi 9 juillet 2011

Hey Gip!

Hey Gip (Dig The Slowness) n'est pas le morceau le plus connu de Donovan mais il me semble être un morceau charnière entre le folk des débuts et la pop plus flamboyante qui a suivi. Deux raisons nécessaires et suffisantes pour que vous l'écoutiez. Face B de Turquoise, son quatrième 45 tours sorti en octobre 1965, ce morceau est presque outrageusement simple car il tourne sur deux accords seulement. Il n'est cependant pas monotone car son rythme, sa mélodie et son harmonica entraînants suffisent à briser l'ennui qui pourrait poindre chez les plus exigeants d'entre nous. La production elle aussi est chiche : une guitare folk, un harmonica et des percus indéterminées (claquements de mains, tambourin, maracas et… ? une porte qui se ferme ? un fouet sado-maso ? une boite de quality-street ?). Mais pourquoi faire plus quand on a une mélodie, un harmonica et un beat pareils ? Je pense d'ailleurs que cette orchestration minimale a permis au morceau de passer les âges sans vieillir. La production et l'orchestration sont simplistes, façon folk-music de base, mais la mélodie accrocheuse est totalement pop et ce morceau annonce Mellow Yellow ou Season Of The Witch. Le 45 tours suivant, Josie, sera encore un folk un peu poussif à la Dylan, mais celui d'après, Sunshine Superman, se laissera totalement aller au plaisir de la pop (pour mon plus grand bonheur). Le Donovan des débuts est souvent présenté comme le Dylan du pauvre. C'est un peu injuste car il a un indéniable talent de compositeur et je crois plutôt que c'est le Dylan de la classe moyenne ! Selon lui, leur ressemblance est due à des influences communes, comme Woody Guthrie ou Jack Kerouac et il s'est toujours posé en frère ou en cousin de Dylan, pas en descendant et surtout pas en copié/collé, d'autant moins que le terme n'existait pas à l'époque. Bon… Avec les petits bijoux que sont Hey Gip, Sunshine Superman et Season Of The Witch à son actif, je veux bien lui accorder le bénéfice du doute et même s'il avait copié Dylan, je lui pardonne à moitié. En plus, comme il avoue lui-même avoir été influencé par l'écriture de Dylan et que "faute avouée est à moitié pardonnée", il l'est entièrement du coup, vous me suivez ? Fin 1965, il s'associe à Mickie Most, producteur des Animals et des Herman's Hermit. Mickie Most, après avoir enchainé les hits en Afrique du Sud (onze numéros 1 d'affilé ! avec des reprises de Gene Vincent, Buddy Holly, Eddie Cochran…), est revenu à Londres pour s'essayer aux autres métiers de l'industrie musicale naissante. C'est lui qui "découvre" les Animals et leur succès le pose en producteur recherché. Il travaille avec une équipe de requins de studio qui comprend Jimmy Page, John Paul Jones et Nicky Hopkins. C'est lui qui pousse Donovan vers l'électricité et la pop, bonne idée, merci Mickie. Donovan côtoie les plus grandes stars de l'âge d'or de la pop-music. Il partage avec eux les hit-parades des mid-sixties, le flower-power, le pacifisme et quelques groupies. Courant 1966, il devient ami avec Paul McCartney. Il parait même que c'est lui qui a écrit cette inoubliable phrase de Yellow Submarine : "Sky of blue and sea of green", quel poète. Mais leurs collaborations fructueuses ne s'arrêtent pas là : Paul ferait des chœurs sur Mellow Yellow même s'il n'est pas crédité (waou) ; Il jouerait aussi du tambourin (re-waou) sur Atlantis en 1968; la même année, Donovan a prêté main forte à Paul dans la production d'un album de la chanteuse Mary Hopkin (wao.. heu, non.) ; et puis je crois aussi qu'ils ont souvent bu du thé ensemble. Il est également ami avec Brian Jones même s'il se drogue beaucoup moins. Il fut cependant le premier d'une longue liste de pop-stars du moment à être arrêté pour détention de drogue (de la marijuana). Il faut dire que début 1966, dans un reportage télé, A Boy Called Donovan, on le voyait fumer des pétards avec quelques amis et il ne cachait donc pas son usage du tabac-qui-fait-rire. Comme les autres, il consomma aussi du L.S.D. avant de se tourner vers la méditation transcendantale et d'entrainer avec lui les Beatles vers le Maharashi Mahesh Yogi. Durant leur séjour à Rishikesh en Inde, Donovan apprend à Paul et John la technique du picking à la guitare. Sans picking, pas de Dear Prudence, pas de Julia, pas de Blackbird ni de Mother Nature's Son (celui-là, ça aurait été moins grave, voire mieux). Début 1968, Donovan sort son morceau le plus électrique, Hurdy Gurdy Man, enregistré par John Paul Jones qui y joue aussi la basse. Certains disent que c'est Jimmy Page à la guitare et John Bonham à la batterie mais en fait, ce n'est pas vrai, ce sont d'autres musiciens de studio (ça c'est de l'info). Ce morceau a clairement des airs psychédéliques mais il annonce aussi les futurs tubes de David Bowie, pas mal pour un sous-clône de Dylan ! A la fin des années soixante, Donovan se brouille avec Micky Most et ils se séparent. Coïncidence ? Le succès s'étiolera alors peu à peu et Donovan traverse les 70's en se ringardisant de plus en plus, le pic étant atteint au moment de l'explosion punk qui vomit l'esprit hippie que Donovan représente à merveille. Cela n'empêchera pas Rat Scabies, batteur des Damned, d'accompagner Donovan lors d'une tournée anglaise en 2005. Hé oui ! Donovan continue à jouer et produire des disques… dont on peut se passer ! Mais sa participation à l'explosion flower-pop de 1966 est incontournable ! Sunshine Superman : Atlantis, même en faisant un effort, impossible de reconnaitre Paul au tambourin : Hurdy Gurdy Man, avec John Paul Jones à la basse et aux manettes : Hurdy Gurdy Man live à Paris en 1970 : Les New Animals ont repris Hey Gip en 1967 :

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