Des sonorités noisy à la Boo Radleys, des mélodies pop à la Elliot Smith, de la lourdeur électrique à la Queens Of The Stone Age, des moments limite électro-prog à la Archive, de l’énergie juvénile à la Ash ou Supergrass… ils manquent de caractère Electric Soft Parade ? Pas sûr, car avec toutes ces influences et en trois albums, ils ont su créer un style et un univers qui leur est propre.
Lorsque Electric Soft Parade sort son premier alboum, Holes In The Wall, en février 2002, Alex et Thomas White, frères et cerveaux multi-instrumentistes du groupe, sont respectivement âgés de 19 et 17 ans. Malgré ce jeune âge, ils font entrer leur groupe directement dans la cours des grands : accueil triomphal des critiques et du public avec premières parties de Oasis et des Who à la clef.
Rappelons qu’à cette époque, Blur s’embourbe dans une vase qui donnera le pompeux et très dispensable Think Tank (quelle misère après des bijoux comme Modern Life Is Rubbish ou Parklife mais nous y reviendrons peut-être un jour…) et qu’Oasis s’englue dans la répétition ad nauseam de leur recette Wonderwallesque. Pas étonnant alors que les critiques s’emparent de ce jeune groupe pour brandir contre leur gré la flamme de la Brit Pop moribonde.
Mais cette situation médiatico-médiatique n’explique pas à elle seule le succès du groupe, leur musique n’est tout de même pas totalement étrangère au phénomène !
Leur pop réussit dès le départ à mêler avec brio l’énergie juvénile, les mélodies accrocheuses et un brin d’inventivité sous une production tirée au cordeau et moderne. Empty At The End, couplet nonchalant, refrain aérien et break/intro avec une descente surprenante, There's a Silence, énergie et puissance avec un refrain imparable ou Silent To The Dark, mélodie popinette fort agréable et accrocheuse suivie de plusieurs minutes de délire électro-psyché presque prog-rock (mais heureusement presque seulement) donnent la mesure du talent de compositeurs et d’arrangeurs des garçons.
Leur deuxième galette, sortie en Octobre 2003, obtiendra un accueil plus mitigé de la part des médias et il se vendra suffisamment mal pour que la maison de disques les remercie. Il faut préciser que les frangins, dans la plus pure tradition des rockers, s’entendent plutôt mal avec leur label. Ils refusent avec mépris des campagnes marketing foireuses (ils sont originaires de Brighton et font la première partie des Who : « pourquoi ne pas faire un tour de la ville en vespas ? ») et déclarent aux journalistes que les personnages ridicules décrits dans le film Spinal Tap existent vraiment dans l’industrie du rock.
Pourtant, malgré ce lâchage professionnel et ce – relatif – lynchage médiatique suivi d’un désintérêt du public, The American Adventure est un bon disque, plus électrique que le précédent qui flirtait parfois avec l’électro.
Lights Out, que vous êtes en train d’écouter (ou que vous avez déjà écouté si vous lisez très lentement) (ou que vous n’avez pas écouté car vous n’avez pas de casque et êtes au travail), en est extrait.
Ce beat bien lourd, cette guitare rythmique appuyée, ce refrain énergique avec son petit piano très Wanna Be Your Dog et surtout, surtout, cet excellent solo de claquements de main si puissamment intense et si original suivi d’une reprise bien sentie du refrain m’emplissent d’énergie et de joie pour plusieurs minutes (au moins). Le contraste évident entre la lourdeur électrique et la mélodie mélodieuse rappelle un peu certains morceaux des Queens Of The Stone Age ou de Ash.
The Wrongest Thing In Town, belle ballade qui fait d’eux les Elliot Smith anglais (si, si, en faisant un tout petit effort c’est possible à imaginer !) et Lose Yr Frown, au rythme et à la mélodie surprenants et élégants, sont également d’excellents titres.
Après la rupture avec leur label, les frangins vont monter un nouveau groupe, The Brakes (que j’avoue ne pas connaitre et qu’on dit être à tendance plutôt punk-rock) avec lequel ils vont faire de nombreux concerts, signer chez Rough Trad et enregistrer 4 albums (un cinquième est même actuellement en préparation).
Electric Soft Parade ne meurt pas pour autant et un troisième album, No Need To Be Downhearted, sort en Avril 2007. Entièrement autoproduit et enregistré tout en digital avec une version démo du logiciel ProTools bien connu des zicos, cet album a un son un peu plus dur que les précédents avec beaucoup de saturation sur les guitares et les synthés.
Mais les compositions gardent une fraîcheur que certains arrangements un peu trop stridents-aigüs n’arrivent pas à gâcher… D’ailleurs, sur la longueur et une fois l’oreille habituée à ce son particulier, c’est bien ce disque qui est le mieux achalandé des trois.
If That's The Case, Then I Don't Know, premier single à en être extrait, brille par un riff killer, un rythme puissant, une mélodie accrocheuse (presque trop sur le refrain) et un final parfaitement cheveu-dans-la-soupesque et bien lourdaud comme-il-faut avec sa note finale de 30 secondes !
Appropriate Ending contient une mélodie pop imparable, un refrain qui coule comme une fontaine de miel et une rythmique toujours bien appuyée qui alterne envol du moineau et danse du mammouth.
Life In The Backseat pourrait faire danser un unijambiste et le piano du refrain fleure bon le Madness.
Woken By A Kiss est la juxtaposition réussie d’un couplet bruitiste jusqu’au-boutiste et d’un refrain tendre comme un pie-qui-chante qui aurait pris le soleil trop longtemps.
La première partie de Shore Song est une superbe ballade sentimentale élégante et pas du tout cucu.
Pratiquement chaque morceau a des qualités qui lui sont propres, bref c’est un très bon album et Electric Soft Parade est parvenu à continuer son évolution musicale sans trahir son style personnel.
Moi je dis bravo !
Après un break de 3 ans, le groupe a sorti cette année un nouvel EP en édition limitée à 300 exemplaires et serait en train de préparer un quatrième album. Ne le manquez pas !
Empty At The End, live Glastonbury 2002 (dommage, ça coupe avant la fin) :
Silent To The Dark, Live TV (sans la seconde partie électro-psyché de l’album mais un bon final assez destroy avec celui qui joue du piano debout) :
Lose Yr Frown, live récent à Brighton :
If That's The Case, Then I Don't Know, Live 2008 :
Lily, extrait de leur dernier EP, 2011 :
Life In The Backseat extrait de No Need To Be Downhearted :
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