Du sixties punk, de la pop, du rock, du punk, de la new-wave, du psyché à lire et à écouter.
dimanche 24 juillet 2011
Ne parle pas et pose ta tête sur mon épaule
Etes-vous prêt à affronter de la pure émotion, à laisser de côté cynisme et insensibilité de façade, à vous recueillir quelques instants ?
Etes-vous prêt ?
Si la réponse est affirmative, voici venu le temps d'écouter Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), un des meilleurs morceaux du chef-d'œuvre des Beach Boys, l'album Pet Sounds.Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), version mono :
En janvier 1965, fatigué par la vie de rock-star et après plusieurs nervousse brekdone (comme on dit de nos jours), Brian Wilson annonce qu'il arrête les tournées avec les Beach Boys.
Il va alors se concentrer sur les compositions et la production, ses deux dadas (je pense qu'Omar Sharif peut aller se recoucher avec son tiercé).
Obsédé depuis longtemps par le "Wall Of Sound" de Phil Spector, dont l'une des particularités est d'enregistrer plusieurs instruments jouant la même mélodie, Brian a déjà adopté cette méthode et pris l'habitude de travailler avec les mêmes musiciens de studio que lui, le Wrecking Crew.
A partir de 1965, il va pratiquement passer sa vie avec eux dans les studios d'enregistrement Western Studio 3 de Capitol, tenu par Chuck Britz, ingénieur du son des Beach Boys depuis 1963.
C'est également à cette époque que Brian découvre le L.S.D. La première chanson qu'il écrira sous l'emprise de cette drogue est California Girls (étonnant non ?) dont les arrangements annoncent le futur Pet Sounds en gestation (de même que ceux de Please Let Me Wonder, In The Back Of My Mind, She Knows Me Too Well ou Let Him Run Wild entre autres productions de 1965).
A la fin de l'été 1965, alors que les Beach Boys ont déjà sorti deux albums depuis le début de l'année, Today et Summer Days (and Summer Nights!!) et que Brian a déjà entamé le début de Pet Sounds avec l'enregistrement de Sloop John Be, Capitol Records réclame un nouveau disque des Beach Boys pour Noël… Brian accepte pour la dernière fois de céder à la maison de disques et, pour torcher l'affaire, décide d'enregistrer le disque live en studio avec les autres boys. Ce sera Party!, dixième album en 4 ans (!) dont Barbara Ann sera un des plus gros hits du groupe, obtenant une bien meilleure place que tous les singles extraits de Pet Sounds, quelle ironie !
Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), demo au piano :
Après cette interruption commerciale et contractuelle, Brian peut retourner en studio faire ses expérimentations. Mais il ne sait plus très bien quelle direction prendre. Il rencontre des gens, prend des drogues, lit des livres, prend des drogues, s'ouvre l'esprit, prend encore un peu de drogue mais il hésite… Il veut sortir du carcan summer songs des Beach Boys, faire quelque chose de plus personnel et de plus profond. Ne devrait-il pas faire un album solo ? Que vont dire les autres boys ?
Et là, les Beatles sortent Rubber Soul.
Brian est saisi par la qualité et l'homegénéité de cet album sur lequel il n'entend aucun morceau "bouche-trou" (moi je trouve pourtant que What Goes On, l'incontournable chanson chantée par Ringo, est une grosse daube et Michelle est gentiment ringarde !).
Pour des raisons purement commerciales, Capitol Records a décidé de n'extraire aucun single de Rubber Soul. Cette décision absolument pas artistique aura une conséquence inattendue et artistiquement majeure sur Brian qui sent déjà confusément que le temps du 45 tours est révolu : il est temps pour lui de consacrer l'album comme un objet d'art.
C'est donc la compétition avec les Beatles ("Beat the Beatles") qui amène Brian Wilson, 23 ans, à concevoir son prochain album comme un chef-d'œuvre. "Je vais enregistrer le meilleur disque de rock de tous les temps" dira-t-il très modestement à sa femme avant de démarrer les sessions d'enregistrement de Pet Sounds.
Il engage Tony Asher, jeune rédacteur-publicitaire, rencontré quelques mois plus tôt à une party, pour mettre en mots ses idées et ses sentiments bien éloignés du "fun in the sun" auquel s'attendent les fans de l'époque. Brian donne une cassette à Tony qui revient avec les paroles de ce qui deviendra You Still Believe In Me. Cet essai transformé confirme à Brian que Tony Asher est l'homme de la situation et il écrira les paroles de la majorité des morceaux de Pet Sounds.
Brian profite d'une tournée des Beach Boys au Japon entre janvier et février 1966 (d'où les étranges et inappropriées photos à l'arrière de la pochette) pour composer et enregistrer une grande partie des bandes-son de l'album avec le Wrecking Crew.
A l'époque, les studios d'enregistrement sont pour la plupart équipés de magnétos 4 pistes.
La musique est donc enregistrée sur 3 pistes puis mixée en mono sur la 4e, ce qui laisse 3 pistes pour les voix ou même 7 pistes si Brian change de studio pour le seul équipé d'un magnéto 8 pistes à Los Angeles.
Outre cette contrainte technique, le mono est également préféré par Brian pour plusieurs raisons : - La plupart des tourne-disques et tous les autos-radios en service à cette époque sont mono ; - Le mix mono évite que les utilisateurs de postes stéréo puissent modifier le résultat en jouant sur les réglages ou en positionnant mal leurs enceintes ; - Brian est pratiquement sourd de l'oreille droite et il ne perçoit pas la stéréo !
Lorsqu'il a composé une chanson, il convoque tous les musiciens pour une journée (ou une nuit) de studio. Brian joue de tous les instruments, sauf les cuivres, mais il n'écrit pas la musique et a tout dans la tête. Il montre à chacun sa partie et ce sont les musiciens qui transcrivent sur partitions.
Ensuite, pour chaque instrument, du tambourin à l'orgue en passant par les violons et les guitares, il cherche le meilleur son.
Lorsque c'est fait, et ça peut prendre plusieurs heures, tous les musiciens, parfois une vingtaine entassés dans le petit studio, jouent ensemble le morceau et Brian le mixe en direct.
Pendant toutes ces phases, les échanges avec les musiciens peuvent apporter de nouvelles idées et certaines erreurs peuvent même parfois inspirer le genius !
Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), stereo backing track :
En découvrant les enregistrements, le groupe est dans son ensemble assez réticent à ce changement radical de style. En particulier, Mike Love, sans doute vexé de n'avoir pas été, comme c'était toujours le cas jusqu'ici, sollicité par Brian pour les textes, aura des mots très durs et moqueurs ("Brian's ego music") et mettra en garde Brian de ne pas foutre en l'air le succès des Beach Boys ("Don't fuck with the formula"). On voit bien que l'écart s'est creusé entre Brian, qui cherche à exprimer ses sentiments à travers une musique complexe et ambitieuse, et les autres Beach Boys, qui veulent juste profiter de la formule à succès.
Fort heureusement pour nous, Brian, tout de même légèrement miné par cette réticence, arrive néanmoins à les convaincre d'enregistrer les brillantes parties vocales qu'il a composées pour l'album et les sessions se tiennent entre février et mars 1966.
Au cours des enregistrements, Carl Wilson se rend compte qu'ils sont en train de faire quelque chose d'important, du moins c'est ce qu'il exprimera par la suite.
L'exigence de Brian est telle que chaque morceau sera chanté et rechanté de multiples fois pour atteindre le résultat escompté.
Malheureusement, le public des Beach Boys est en phase avec le réactionnaire Mike Love, et il attend sa soussoupe surf. A sa sortie en Mai 1966, Pet Sounds sera le premier album du groupe à ne pas être immédiatement disque d'or et il n'atteindra que la 10eme place des charts US.
L'approche artistique de Brian Wilson, ces textes personnels explorant les sentiments et ces musiques complexes aux arrangements baroque et psychédéliques, aurait pu séduire le jeune public "Anti-war" qui commence à se hippieser. Mais, pour ces gens, les Beach Boys ne sont que les chantres de l'american-way-of-life qu'ils méprisent et ils n'y prêteront même pas une oreille !
L'impact de cet album sera cependant énorme sur tous les musiciens et producteurs de l'époque, à commencer par George Martin qui déclare dès 1966 "Si il y a actuellement un génie de la pop music, c'est Brian Wilson" et Paul McCartney qui aujourd'hui encore considère que "personne n'est musicalement éduqué tant qu'il n'a pas écouté Pet Sounds qui est un classique imbattable".
C'est d'ailleurs pour essayer d'égaler Pet Sounds que les Beatles produiront Sgt. Pepper.
Mais l'échec commercial aux Etats-Unis sera une grande déception pour Brian et une des raisons pour lesquels il sombrera ensuite dans une grosse dépression (l'usage intensif des drogues et les conflits internes avec Mike, Alan Jardine et Dennis Wilson en étant d'autres). Il sera même incapable de finir la production de Smile qui devait être le digne successeur de Pet Sounds mais c'est une autre histoire…
Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder) est un des morceaux dont Brian Wilson est le plus fier.
BONUS :Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), vocals :
Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), string overdub :
Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder), vocal snippet :
Clip promo d'époque pour Sloop John Be :
God Only Knows, sessions d'enregistrement :
You Still Believe In Me, sessions d'enregistrement :
That's Not Me, sessions d'enregistrement :
I'm Waiting For The Day, sessions d'enregistrement :
Film promotionnel de 1966 pour Pet Sounds :
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