Je sens que les fans de Baise Branquignolle, pardon, Nick Cave, et les Bad Seeds vont être un peu déçus… Malgré tout le respect que j'ai pour eux et pour lui, je confesse avoir une nette préférence pour le Mercy Seat de Johnny Cash, tout chanteur de country qu'il soit.
Il faut dire que cette version intense de The Mercy Seat, extrait de American III Solitary Man sorti en 2000 un peu après le fameux bug invisible, est une franche réussite : Vieux Jonhhy Cash n'est pas loin du bout du rouleau, il a enchaîné des problèmes de santé dont une grosse pneumonie (et à son âge avancé de l'époque, ce n'est pas vraiment conseillé) mais, malgré cela, voire grâce à cela, son organe est au mieux de sa forme car, à sa profondeur grave naturelle (le contraire d'aigue pas le contraire de gai même si la tonalité générale du disque n'est pas vraiment joyeuse), s'ajoute une certaine fragilité qui le rend encore plus touchant.
Mais ce n'est pas tout.
La production de l'album est assurée par Rick Rubin.
Rick Rubin est un ancien punk façon oï à l'américaine qui s'est ensuite tellement intéressé au rap balbutiant qu'il a, avec Jazzy Jay de Zulu Nation, monté le label Def Jam (Public Enemy ou les Beasty Boys) en 1984. Il doit aussi sa notoriété pour avoir produit l'énorme tube Rock This Way de Run DMC + Aerosmith en 1986. A la fin des années 80, il retourne sur sa côte Ouest et reprend quelques doses de rock en produisant The Jesus and Mary Chain ou les Red Hot Chili Peppers.
Bref, Rick Rubin est, on vient de le voir, plutôt attiré par le gros rap qui tâche et le rock très électrique ou a tendance hardos. Eh bien, malgré cela, Solitary Man est un album très calme, sans électricité, sans même de batterie et souvent un peu chiant-chiant il faut bien l'avouer. Mais sur The Mercy Seat la confiture prend bien (à moins que ce ne soit la sauce…). L'histoire terrible de cet homme qui passe sur la chaise électrique est fort bien servie par la voix d'outre-tombe de Johnny Cash et la douceur des arrangements, par contraste avec la dureté de la situation, rend la chose encore plus touchante. L'orgue et le mélotron, couche après couche, couplet après couplet, font monter sensiblement la pression. Puis, le piano-fou déboule et, petit à petit, il emporte tout sur son passage pour finir la course, seul en tête, et ça nous laisse pantelant et saisi d'effroi.
Enfin, moi ça me fait ça en tout cas !
Outre The Mercy Seat, deux autres morceaux sont assez épatants sur ce disque :
Solitary Man, qui donne son titre au disque, est la reprise d'un morceau de 1966 de Neil Diamond ;
One, est la reprise d'un morceau de U2, période grosses lunettes noires et paillettes a-gogo !
Pour ces deux titres aussi, la production et la voix de Johnny Cash font la différence avec les originaux et obtiennent ainsi ma nette préférence.
En tout cas, c'est avec ce genre d'exercices qu'on peut détecter les bons morceaux (même si ça me vexe un peu de devoir inclure ce morceau de U2 dans le lot !) et les bons interprètes.
Je n'ai jamais apprécié la musique de Johnny Cash (ça vous étonne ?) et j'avoue que j'ai toujours considéré comme une imposture le positionnement "rocker" de ce chanteur de country. J'y ai toujours plutôt vu une tentative de récupération du succès du King Elvis (à la cheville duquel il n'arrive pas même en se mettant tout debout et les bras en l'air !) même si son attitude est résolument rebelle (son disque enregistré dans la prison de Folsom ou cette légendaire photo, doigt en avant, par exemple) ou s'il a eu une superbe banane dans les années 50.
Mais, à l'écoute de ces trois morceaux, je dois avouer qu'il a quand même une sacrée bonne voix et un sacré talent d'interprète. Alors respect pour vieux Johnny Cash (et en plus il est mort maintenant et il faut respecter les morts sinon où va-t-on ?).
Nick Cave and the Bad Seeds, The Mercy Seat, vidéo-clip 1988 :
Neil Diamond, Solitary Man, live 1971 :
Solitary Man par Johnny Cash :
One par Johnny Cash :
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