mardi 26 juin 2012

8 minutes et plus

Je ne sais pas vous mais moi, j'aime bien les gros livres bien épais, si possible en plusieurs volumes bien lourds. Je mets plusieurs semaines à les lire pendant lesquelles je suis complètement imprégné des ambiances et comme habité par les personnages qui y évoluent. Quand c'est fini, je suis triste. C'est comme si je perdais plusieurs amis d'un seul coup, comme si une partie de ma vie s'effaçait. C'est terrible.
Mais j'aime ça quand même.

Pour d'autres raisons, j'aime aussi les chansons-fleuves dans lesquelles on peut se noyer de différentes façons.
Dans un souci de vérité scientifique et afin de faciliter l'analyse et l'étude de cette réalité complexe, j'ai effectué une typologie détaillée des chansons-fleuves que je vais vous exposer pas plus tard que tout de suite maintenant allez c'est parti :
  • Les "soli" : avec de longs solos, la plupart du temps à la guitare, le type le plus commun qui peut vite virer au cauchemar si le guitariste aime faire des gammes très rapides ou utiliser des sons fatigants comme savent si bien le faire nos amis hard-rockeux ;
  • Les "symphonies" : avec plein de petits morceaux collés bout à bout. Ce style a reçu ses lettres de noblesse avec les compositions à rallonge de Smile ou les suites complexes des Who de 1968-69 ;
  • Les "repetitas" : morceaux normaux mais avec beaucoup de couplets, Bob Dylan est un spécialiste de la chose ;
  • Les "bipartites" : le morceau normal suivi d'une déclinaison à rallonge, espèce de variation du thème principal ;
  • Les "crescendo" : morceaux qui démarrent tout doucement et qui montent qui montent qui montent jusqu'à l'explosion finale ;
  • Le dub.
  • Afin d'être vraiment complet, j'ajoute un dernier type, le "multiforme", qui peut mêler tout ou partie des différents types listés ci-dessus.

Mais trêve de bavardage et passons aux choses sérieuses avec une sélection de titres qui durent 8 minutes et plus à écouter avec les tympans et le cortex cérébral mais aussi avec le cœur (enfin, comme d'hab' quoi).

Ultimate Spinach, Ballad Of The Hip Death Goddess

L'épinard ultime est, comme son nom l'indique aux plus perspicaces, un groupe psychédélique. A ce titre, comme beaucoup de ses contemporains, l'orchestre basé à Boston, emmené par le guitariste/organiste Ian Bruce-Douglas et la chanteuse Barbara Hudson, s'est spécialisé dans les longues plages d'improvisations musicales. Sur Ballad Of The Hip Death Goddess, extrait de leur premier album éponyme sorti en 1967 chez MGM, on a droit à un très long solo de larsens, de reverb, de feed-backs à la guitare(s) et de Theremin, cet instrument étrange, ancêtre du synthétiseur, rendu célèbre par son utilisation sur Good Vibrations.

MGMT, Siberian Breaks

Cette chanson d'un peu plus de 12 minutes, extraite du deuxième alboum de MGMT, Congratulations, sorti en avril 2010 et produit par Pete Kember, ancien membre de Spacemen 3, rentre clairement dans la catégorie "symphonie".
Son compositeur, Andrew VanWyngarden, chanteur et guitariste au nom à coucher dehors, indique que Siberian Breaks est composé de 8 morceaux différents et que c'est son titre préféré du disque. C'est vrai que cette suite de mélodies pop aux sonorités sixties fait du bien par où ça passe.
L'album s'est vendu à 66000 exemplaires en une semaine en Angleterre et seulement 11000 autres après 18 mois. Le public aurait été déçu ? C'est vrai que cet album psychédélique est assez différent de leurs premiers succès électro-dances. Anecdote amusante, MGMT a poursuivi l'UMP, oui l'UMP qui vient de perdre les élections et son leader, pour avoir utilisé leur chanson Kids sans autorisation.

Electric Soft Parade, Silent To The Dark

Je vous ai déjà entretenu de cet excellent duo de pop anglaise dans un précédent article. Silent To The Dark est un très bon exemple du type "bipartite". Le morceau dure pas loin de 9 minutes et commence par une bonne petite chanson pop normale de 3'15" pleine de chœurs et de guitares cristallines. Les presque 6 minutes qui suivent sont un étirement electro insensé du refrain (enfin, on se rend compte que c'était le refrain uniquement à la fin).
J'entends déjà les persifleurs et les bileux : " Ha ! Le type bipartites a été créé uniquement pour cette chanson. Cette typologie est complaisante et ridicule ". Mais, messieurs les pisse-froids, sachez que l'on retrouve cette construction bipartite chez plusieurs artistes comme Archive, The Wedding Present ou This Busy Monster pour ne citer qu'eux. Et même si… je n'ai rien contre la complaisance ou l'autosatisfaction (vous l'aurez sans doute déjà remarqué) et le ridicule ne tue pas (je le saurais).

The Verve, Noise Epic

Noise Epic est extrait de l'album du come-back avorté de The Verve, Forth sorti en 2008.
Ce titre de 8'13" est un mélange réussi des types "soli", "repetitas" et "symphonie", "multiforme" servi dans un écrin de bruit et de fureur.
The Verve, groupe maudit de la brit-pop qui mit 8 ans à sortir de l'ombre, et dont les droits du tube interplanétaire de l'été 1997, Bitter Sweet Symphony, plusieurs fois disque de platine, seront récupérés par le label ABKCO car ce morceau a été construit sans autorisation autour du sample d'une version symphonique du titre The Last Time des Stones enregistrée par le Andrew Loog Oldham Orchestra en 1965.

The Last Time, Andrew Loog Oldham Orchestra :

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