Loin d'être épargnée par la vague psychédélique, l'Angleterre sera même plutôt un des épicentres du phénomène mondial de la fin des sixties.
Entamé avec l'acid-rock électrique du Revolver des Fab Four dès 1966, le tsunami psyché prend toute son ampleur en 1967, jugez-plutôt : Are You Experienced du Jimi Hendrix Experience en mai (Jimi est peut-être américain, mais c'est Chas Chandler, bassiste des Animals qui l'a repéré et sorti des bouges et les excellents Mitch Mitchell - batterie - et Noel Redding - basse - sont angliches, alors !), Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band en juin, The Piper At The Gates of Dawn du Pink Floyd en aout, Evolution et Butterfly des Hollies en juin et en novembre, Disraeli Gears de Cream également en novembre, Sell Out des Who, Their Satanic Majesties Request des Stones en décembre et j'en passe !
Evidemment, dans le même temps, de nombreux petits groupes moins connus ou inconnus s'engouffrent dans cette large brèche ouverte par les "grands" et ce sont trois de ces spécimens que je vous propose d'écouter aujourd'hui, chacun représentant une des multiples branches de l'arbre-mutant plein de LSD en Angleterre : Heavy Psyché, Baroque et Pop-Sike.
The Accent - Red Sky At Night :
Malgré une courte introduction calme à la guitare folk, ne vous y trompez pas, The Accent, avec Red Sky At Night fait partie de la famille des Heavy Psyché, des bourrins à la limite du hard-rock. Leur musique est toutes guitares saturées et trafiquées devant, soutenue par un rythme justement soutenu mais aussi percutant, tandis que le chanteur semble survoler ce magma musical, tel un ange déchu étourdi par les drogues.
D'abord nommé The Blue Blood Group, le quator (John Hebron: guitare-chant, Rick Birkett : guitare solo, Alan Davies : basse et Pete Beetham : batterie) se renomme The Accent lorsqu'il s'installe à Londres en 1967. Rapidement repérés par un producteur, ils enregistrent Red Sky At Night / Wind Of Change qui sera leur seul et unique single. Comme les radios ne le passent pas, Decca met fin à leur contrat et le groupe disparait dans les limbes. Dans les limbes, oui mais des limbes multicolores à n'en pas douter.
Red Sky At Night est archétypal (dans le bon sens du terme) de ce heavy rock psyché anglais qui donnera (malheureusement) plus tard naissance au hard-rock. Ce qui rend le morceau si remarquable, c'est la confrontation entre la musique brutale et cette voix hallucinante et hallucinée, pleine d'écho, de flanger et de folie.
The Blossom Toes - Look At Me I'm You :
Les origines de Blossom Toes remontent à 1962 lorsque Brian Godding (guitare, orgue et chant) rencontre Brian Belshaw (basse, chant) et qu'ils montent les Grave Diggers. Quelques temps plus tard, avec Jim Cregan (guitare, chant), naissent les Ingoes, groupe de Rythm'n'Blues typique de ces mid-sixties anglaises. Giorgio Gomelsky, le manager des Yardbirds, les prend sous son aile et les envoie à Paris se faire les dents. Ils s'y feront également une bonne réputation et un bon public, malheureusement pour eux, uniquement à Paris !
Après cet épisode continental (un EP sur le label français Riviera et une reprise en italien de Help! destinée à nos amis transalpins), le retour à Londres s'accompagne d'un changement de batteur, bienvenue à Kevin Westlake, et d'un changement de nom imposé par leur manager : The Blossom Toes sont nés. Giorgio Gomelsky, à qui la vague psychédélique n'a évidemment pas échappée, décide d'utiliser les Blossom Toes pour faire son propre Lonely Hearts Club Band. Il les "enferme" dans un appartement Londonien, donne 10£ par semaine à chacun des musiciens et leur demande de composer un opus flower-power les obligeant ainsi à passer d'un groupe de scène R'n'B à un orchestre psychédélique de salon.
Le groupe s'exécute mais la plupart des parties musicales des 15 titres de cet album magique, We Are Ever So Clean, sorti en octobre 1967, sont enregistrées par un orchestre et des musiciens de studio sous la direction du producteur, le groupe se contentant souvent d'apposer ses voix en fin de processus.
Légèrement agacé par les sessions d'enregistrement, loin d'être en phase avec les beautiful people aux cheveux en fleurs qui pullulent à Londres et incapable de reproduire les morceaux en live, Blossom Toes n'arrivera pas à transformer cette réussite musicale en succès commercial.
Ceci n'enlève rien à la qualité de cette galette qui est un véritable petit bijou de pop baroque et psychédélique comme seuls les anglais pouvaient faire : de l'ambition et de la dérision, de la pop et du tango, du sérieux et du comique, du violon et de la douze-corde saturée à l'envers, tout cela au service de bonnes compositions. Bref, un album indispensable !
Un second 33 tours, If Only For A Moment, beaucoup plus hardos avec des morceaux plus longs, plus lourds, sans humour et donc beaucoup moins bien, verra le jour en 1969 mais le groupe se dissout peu après en 1970. Jim Cregan finira dans le groupe de Rod Stewart, période coupe mulet et moule-burnes…
Bonus : What On Earth :
The Mirage - The Wedding Of Ramona Blair :
Actifs entre 1965 et 1968, comme l'attestent 7 singles (mais aucun album), The Mirage sort cette petite pépite psyché pop, The Wedding Of Ramona Blair, en mai 1967.
Fortement influencés par Revolver (ce single est précédé en 1966 par une reprise dispensable mais courageuse et touchante de Tomorrow Never Knows et suivi par un Hold On original dont le riff est outrageusement pompé sur Taxman), The Mirage représentent, avec ce titre très réussi, la branche pop des psychés anglais, de la Pop-Sike comme on dit aujourd'hui. Une petite mélodie chantée en harmonie, des chœurs à base de "pa-pa-pa" et de "hou-hou-hou", un orgue rythmique et une basse profonde, mélodieuse et dansante (à la Paulo) en sont les ingrédients principaux.
Le reste de leur discographie n'est pas à la hauteur et oscille entre ballades pop et freak-beat sans grand intérêt. En revanche, des enregistrements jamais sortis à l'époque ont refait surface il y a peu sur une compilation et deux autres titres de la même veine psyché-pop auraient mérités de voir le jour : Ebaneezer beaver et, surtout, Mrs busby avec ses bandes à l'envers, ses ruptures et son orgue qui fait grincer les dents.
Pour en revenir au mariage de Ramona Blair (est-ce la sœur de 1523 ? - voir l'article sur le garage-punk américain vraiment punk pour saisir la mauvaise private-joke), en fait elle ne se marie pas puisque son promis ne se présentera jamais à l'église.
Après leur séparation, deux des membres de Mirage rejoindront tout de même le Spencer Davis Group et le bassiste finira par accompagner Elton John, période lunettes à paillettes et moule-burnes.
Allez hop ! voici Mrs Busby :
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire