Pas facile de faire un article sur les Kinks, il y en a déjà tellement : environ 22 600 000 résultats sur Google, 255 000 sur MySpace, plus de 1000 livres sur Amazon et certainement plusieurs dizaines de thèses de doctorat en musicologie sur le sujet.
Mais tenir une rubrique musicale et ne pas aborder l'œuvre des Kinks me semble tout à fait impossible.
A bien y réfléchir, ce serait même une hérésie passible du bûcher tant leur influence est forte et variée sur toute la musique moderne : du Garage sixties américain à la Brit'Pop (pour le bon), en passant par le hard-rock de Van Halen ou d'autres chevelus aujourd'hui chauves (pour le moins bon).
Alors, c'est parti pour le 22 600 001 ème article sur les Kinks!
You Do Something To Me, 1964 :
Wait Till Summer Comes Along, 1965 :
See My Friends, 1965 :
Little Miss Queen Of Darkness, 1966 :
Two Sisters, 1967 :
Big Sky, 1968 :
Entre 1964 et 1968, les Kinks ont sorti 6 albums et une vingtaine de 45 tours. Aucun déchet. Tout est bon. Que ce soit dans le style Beat Londonien comme I Took My Baby Home, dans le style British Blues Boom comme Beautiful Delilah, dans le style proto-hard-rock comme You Really Got Me, dans la ballade popinette comme Tired Of Waiting For You, dans le talent à l'état pur comme Sunny Afternoon et Dead End Street ou dans ce que je me vois forcé d'appeler le Kinkstyle avec Big Sky ou Village Green.
Pendant ces quatre années, les Kinks passeront d'un blues violent à une folk élégante puis évolueront à un style totalement personnel, marqué par le talent de Ray Davies comme compositeur et observateur de la société anglaise. Ce style a servi de matrice à un grand nombre de groupes pop anglais, des Jam à Blur en passant par Pulp ou les Arctic Monkees pour ne citer qu'eux. Avec les Beatles, les Stones et les Who, les Kinks peuvent se vanter d'avoir créé la pop anglaise !
A partir de 1969, les Kinks se relâchent et tous les déchets accumulés s'évacuent comme d'un système digestif défectueux ! Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire), pourtant apprécié par bon nombre de Kinkaddikts distingué,s ne trouve entièrement grâce à mes yeux. même si, par moment tout de même, une pépite surnage au milieu des décombres, comme Shangri-la que les fans de Village Green ne pourront qu'adorer, car le talent de Ray Davies n'a pas disparu d'un seul coup ! Il s'évapore au gré des albums suivants...
Je ne vais pas écrire une nième bio mais plutôt relater quelques anecdotes et placer quelques avis personnels pertinents ou impertinents ou ni l'un ni l'autre…
Les frères Ray et Dave Davies sont les derniers nés d'une famille nombreuse de 8 enfants. Ce sont les seuls garçons. Ray est né le 21 juin 1944 (déjà la fête de la musique !) et Dave le 3 février 1947.
Rod Stewart, élève dans la même école du nord de Londres que Ray et Dave, sera chanteur éphémère d'un des premiers groupe de rock des frères Davies en 1962.
Mick Ivory, batteur originel des Kinks, a un background jazz (personne n'est parfait) et il aurait joué au moins une fois avec les Rolling Stones, c'est fou, non ?
Ray Davies était un habitué des dépressions nerveuses et sa première fois daterait de son enfance.
Dave raconte que de dix à quatorze ans, Ray s'était beaucoup renfermé sur lui-même et restait seul dans son coin sans parler pendant de longues périodes.
Ray Davies n'a jamais aimé le nom du groupe qui peut se traduire par "à la mode" ou "pervers".
Ray est le diminutif de Raymond.
De 1965 à 1969, le groupe a été interdit de se produire aux USA par l'American Federation Of Musicians. Bien qu'aucune raison précise autre que "conduite non professionnelle" n'ait été invoquée par le syndicat ou par le groupe, tout le monde sait bien que cette interdiction est due à leur comportement "tapageur" sur scène. Et tout le monde sait bien que ce comportement "tapageur" était dû à un fort taux d'alcoolémie dans le sang !
Il y eu de fortes tensions entre les musiciens dès le début. Entre Ray et Dave, bien sûr, puisqu'ils sont frères. Mais également, et surtout, entre Dave et Mick Ivory le batteur. Lors d'un concert en mai 1965, Dave insulte Mick qui réplique en balançant son charlestone sur sa face avant de s'enfuir, craignant d'avoir tué le guitariste qui s'en sortira avec 16 points de suture !
Le deuxième 45 tours des Kinks, l'excellente ballade You Still Want Me s'est vendu à seulement 127 exemplaires et leur label Pye a bien failli les jeter à l'occasion de ce deuxième échec (Long Tall Sally avait également été un four).
Le troisième 45 tours des Kinks, You Really Got Me, a rapidement été numéro 1 en Angleterre et 7e dans le hit-parade américain, ouf !
Comment, avant l'invention des pédales d'effet, Dave Davies a-t-il obtenu cette distorsion sur You Really Got Me ? Il a tout simplement mis des coups de rasoirs dans la membrane de l'ampli et planté des épingles dedans. L'histoire dit que le jeune Dave avait l'habitude de maltraiter son matériel, qu'il déchira accidentellement une membrane et s'aperçut avec joie du résultat. Une autre version dit qu'il a lacéré son ampli de rage en apprenant les mauvais résultats de leur précédent 45 tours.
En vérité, trafiquer son ampli était une activité bien connue des musiciens de l'époque et ce, depuis le premier enregistrement d'une guitare saturé sur Rocket 88, chanson produite en 1951 par le groupe de Ike Turner (futur bourreau de Tina) avec un ampli défectueux au cône défoncé et rafistolé avec du papier journal.
Contrairement à ce que dit la légende, ce n'est pas Jimi Page qui joue le solo de You Really Got Me, c'est bien Dave Davies qui caresse le manche. Par contre, c'est un batteur de studio qui tape les peaux !
Jimi Page est crédité de quelques parties de guitare douze-cordes sur le premier album des Kinks.
Jon Lord, futur Artwoods et Deep Purple, y joue aussi du piano sur quelques titres.
You Really Got Me a inspiré I Can't Explain à Pete Townsend.
Elle a également inspiré quelques milliers de groupes garages américains !
See My Friends, parue en juillet 1965, a été composée par Ray durant une escale à Bombay et est inspirée par les chansons des pêcheurs locaux. Il s'agit de la première chanson pop anglaise clairement influencée par la musique indienne. On dit même que c'est en l'entendant que les Beatles eurent l'idée d'utiliser un sitar sur Norwegian Wood.
C'est aussi une des premières chansons pop à aborder de manière à peine voilée le thème de l'homosexualité.
Le second album, Kinda Kinks, est sorti deux semaines après le début des sessions d'enregistrement ! Ray Davies regrettera d'ailleurs cet empressement et juge que la production n'a pas été correctement exécutée mais simplement expédiée…
Face To Face, leur album de 1966, marque le tournant entre le groupe de rythm'n'blues bruyant et le groupe sensible et témoin de son époque. Il ne contient que des originaux vraiment originaux et personnels aux textes réalistes, sociaux et ambigüs. Une des clefs de voute de la pop anglaise jusqu'à aujourd'hui.
A House In The Country fut reprise par les Pretty Things et ce fut leur dernier 45 tours à entrer dans les charts.
Waterloo Sunset a été enregistré en une dizaine d'heure dont la plupart ont servi à trouver le son de guitare.
En 1968, les Kinks font une tournée avec The Herd, le groupe de Peter Frampton, et pendant leurs courts sets, les kids réclament "We want The Herd !", gasp, gargl et sic…
The Kinks Are The Village Green Preservation Society, bien qu'unanimement salué par les critiques, se vendra mal à sa sortie en 1968. Il faut dire que les Kinks ne cadrent pas avec l'ambiance du moment : Sympathy For The Devil des Stones, Revolution des Beatles et psychédélisme débridé des autres. Ray Davies déclarera d'ailleurs : "Alors que tout le monde pensait qu'être à la mode, c'était prendre de l'acide, tester autant de drogues que possible et écouter de la musique dans un état comateux, les Kinks chantaient des chansons sur l'amitié perdue, des rasades de bière, des motards, des sorcières maléfiques et des chats volants".
Depuis, c'est l'album des Kinks le plus vendu et c'est bien légitime, c'est leur chef-d'œuvre !
Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire) a été conçu comme bande-son d'un téléfilm qui ne vit jamais le jour.
Arthur, le héros, a été inspiré à Ray par Arthur, un de ses beau-frères.
En avril 1969, Ray Davies produit l'album Turtle Soup des Turtles dans un studio de Los Angeles. C'est à cette occasion qu'il va négocier avec l’American Federation Of Musicians la levée des sanctions qui pèsent sur le groupe depuis 1965.
Le bassiste originel des Kinks s'appelle Pete Quaife et il sera remplacé temporairement à la suite d'un accident de voiture en 1966 et définitivement fin 1969 par John Dalton. Mais pas celui de Lucky Luke.
Pete Quaife est mort à 66 ans l'année dernière.
Les Kinks se sont définitivement séparés en 1996 après presque trois décennies de hauts et (surtout) de bas. Leur dernier concert s'est tenu dans le pub juste en face de la maison d'enfance des frères Davies, pour le 50e anniversaire de Dave. C'est dans ce même pub que les frangins firent leurs tout premiers concerts, la boucle est bouclée.
On parle régulièrement de reformation. La plus probable a été avortée dans l'œuf par un grave infarctus qui laissa Dave incapable de jouer et de chanter pendant plusieurs mois.
Depuis qu'il est à peu près remis, il a déclaré qu'une reformation des Kinks serait comme un mauvais remake de La Nuit Des Morts-vivants !
Live TV anglaise, Beat Room, en 1964 :
Live en Allemagne, 1966 :
Apeman, en 1970 :
The Village Green Preservation, Live 1972 :
Reportage TV française, Live à Paris en 1965 :
Rocket 88 :
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