C'est beau le piano électrique. C'est presque beau comme un papillon multicolore qui butine dans un champ de fleurs sauvages au printemps sous un ciel bleu azur. Surtout quand il égrène des nappes de notes aériennes (je parle du piano électrique et pas du papillon, on est d'accord ?). Punch Bag des Bees, c'est tout ça... et plus encore.
The Bees est un groupe anglais originaire de l'île de Wight. Ses membres sont trop jeunes pour avoir participé aux festivals hippies qui se déroulèrent sur leur île de 1968 à 1970 en accueillant les Who, Bob Dylan, Jimi Hendrix ou les Doors. Mais il est fort probable que leurs parents y participèrent et il n'est pas impossible qu'ils furent conçus sur l'herbe alors que les Pretty Things entonnaient S.F. Sorrow ou quand Ian Anderson de Jethro Tull suçotait son flutiau… !
Punch Bag est extrait de leur premier album, Sunshine Hit Me, sorti en 2002. Les morceaux de ce disque ont été enregistrés dans une cabane de jardin. Je comprends mieux maintenant pourquoi ce piano électrique m'évoque un papillon butineur ! Peut-être même que c'est lui qui joue (cette fois, je parle bien du papillon passqu'un piano électrique qui joue du piano électrique, c'est tout simplement impossible, il faut suivre là).
Mais quand on sait que la plupart des membres du groupe sont multi-instrumentistes, la théorie du papillon joueur de piano électrique, toute attirante et vraisemblable qu'elle soit, part un peu en vrille couillée car on voit bien qu'ils n'ont pas besoin d'extras…
Paul Butler - chant, guitare, piano, saxophone, trompette, clarinette, mandoline, percussions.
Aaron Fletcher - basse, guitare, piano, percussions, chant.
Michael Clevett - percussions, basse, Orgue Hammond, chant.
Tim Parkin - trompette, basse, piano, piano Fender Rhodes, percussions, chant.
Warren Hampshire - orgue Hammond, célesta, guitare acoustique, percussions, guimbarde, chant.
Kris Birkin - guitare, chant.
Je crois savoir aussi que Kris Birkin est champion régional de fléchettes.
Le mélange surprenant de pop, de funk et de reggae fait de cet album un objet étrange et sympathique à l'image de ce Punch Bag dont le beat suspendu, les cuivres langoureux, la mélodie entêtante et le piano électrique virevoltant d'une fleur à l'autre sont un régal pour les oreilles.
Après cette première galette qui contient aussi une reprise réussie (bien qu'un peu trop "copié/collé") de A Minha Menina, des Os Mutantes, petite chansonnette pleine de fuzz utilisée pour une pub Citroën, les Bees sortent Free The Bees en 2004. Après la cabane dans le jardin, les Bees se font offrir les studios d'Abbey Road par leur maison de disque. Afin d'éviter toute surenchère électronico-post-moderne, les gars décident de travailler uniquement sur équipement analogique sans jamais dépasser 16 pistes par morceau. Trois semaines plus tard, le résultat est une espèce de pastiche sixties très réussi. On y croise les Byrds, Fever Tree, les Electric Prunes (de Little Olive) et quelques sonorités peebles-nuggetsiennes mais je note surtout une ressemblance persistante avec les Turtles et tout ceci est bel et bien bon pour les tympans mélomanes. Etonnant comme ce groupe anglais des années 2000 sonne comme un groupe sixties américain.
Je défie quiconque de ne pas avoir des fourmis dans les jambes à l'écoute de Chicken Payback. En fonction des caractères de chacun (mais aussi en fonction du degré d'alcool dans les veines), les réactions à cette chanson peuvent aller du tapage de pied bruyant et incontrôlé à une sauvage danse du poulet sur la table.
En 2007, leur troisième opus, Octopus (rime riche), lorgne plus du côté de la soul américaine (heureusement, il s'agit de celle des années soixante et soixante-dix, pas de cette mascarade soupesque et vulgaire que nous servent les Beyoncé et autres Pussycat Dolls) ou du coté des baba-cooleries à la Crosby, Stills, Nash et l'autre. On est plus en 1973 qu'en 1966 et on s'éloigne un peu trop de mes centres d'intérêt pour que je m'étale sur le sujet. Mais le disque est quand même écoutable même s'il est moins frais que les deux précédents. Le morceau Stand est d'ailleurs plutôt réussi dans le style mélange des genres à priori incompatibles puisque la pop y croise le reggae et la folk prend des accents de musique sud-américaine ! Et Hot One rappelle les bons moments de Free The Bees.
Paul Butler, principal compositeur du groupe avec Aaron Fletcher, est copain avec Devandra Banhart, chantre du néo-hippisme-folk-déjanté chic et choc, et il a co-produit son album What Will We Be en 2009. Ils ont à cette occasion passé ensemble un peu de temps en Amazonie (je parie qu'ils n'ont pas fait qu'y sucer des pastilles Valdas) avant que les Bees n'enregistrent leur quatrième disque, Every Step's A Yes. Le disque est sorti en octobre 2010. Je ne l'ai pas encore bien écouté et s'il n'égale pas la franche réussite de Free The Bees, il est agréable à faire passer par le conduit auditif externe jusqu'à l'oreille interne. On y retrouve ce mélange des genres propre au groupe, une production analogique léchée, des mélodies plaisamment rétros et une ambiance qui va de légèrement à complètement psyché (grâce aux pastilles Valda Amazoniennes ?). De 1973, on retourne à 1969 et c'est mieux…
Bref, les Bees, à l'instar de leurs contemporains les Corals ou les Thrills, nous servent une bonne pop légèrement nostalgique de l'âge d'or et ça fait du bien quand on compare à M'Pokora ou à Cold Play.
Pour finir sur une note moqueuse, j'ajouterais que lorsqu'on produit une pop sophistiquée et de bonne facture comme nos amis les Bees, il est dommage d'adopter un look de bucheron skateur ou de porter un stetson sur cheveux gras.
These Are The Ghosts, extrait de Free The Bees, en live :
Skill Of The Man, extrait de Every Step's A Yes en live :
Chicken Payback, extrait de Free The Bees, le clip :
Plus j'écoute le dernier alboum des Bees, Every Step's A Yes, et plus j'aime Island Love Letter et Skill Of The Man, c'est calme, c'est doux, c'est beau et ça détend. Alors hop !
Et hop !
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