lundi 11 octobre 2010

House In Virginia



Ce morceau, extrait du premier album de Brendan Benson, One Mississippi (1996), est un des plus réussis de l'artiste. Mais si, Brendan Benson, l'autre gars des Raconteurs, celui qui a les cheveux un peu frisés, vous voyez ? Eh bien, il a eu une vie avant de s'acoquiner avec Jack White. Mais si voyons, Jack White, le gars des White Stripes !



Pour apprécier pleinement House In Virginia, il faut s'installer confortablement dans un rocking-chair (pour autant que cela soit possible), sous une véranda, à la tombée de la nuit, après une journée chaude et presqu'étouffante, lorsque l'air se rafraîchit et que les grenouilles commencent à coasser mais juste avant l'arrivée des moustiques, se servir un verre de sa boisson favorite (alcoolisée de préférence), s'allumer un petit pétard (ou une cigarette pour les abstinents, voire une pipe pour les pervers chauves barbus) et se balancer lentement au rythme de la guitare acoustique. Avec de l'imagination, on peut aussi l'apprécier tout en restant derrière son écran d'ordinateur alors qu'il pleut dehors, qu'un vent à décorner les bœufs décorne les bœufs et qu'on attend avec impatience et résignation la fin de sa journée de travail. L'option walkman/ipod dans les transports en commun nécessite de fermer les yeux très fort mais elle reste accessible aux êtres doués d'une imagination débordante.
On ne peut ensuite que se laisser envahir par cette douce mélancolie, par cette mélodie triste mais dans laquelle il est agréable de se laisser aller. On sent bien tout au long du morceau qu'il subsiste une part d'espoir, oui, "elle" va revenir et rester dans cet environnement confortable et reposant que Brendan a créé pour elle. Et puis finalement, non, elle partira, il est fait comme un rat (expression certes plus vulgaire que le "I'm done" répété plusieurs fois en fin de morceau, mais en français juste dire "il est fait" prendrait un tout autre sens - surtout après ces références à l'alcool et au pétard) et, pour rester dans les analogies animales, il finira seul comme un chien sur sa véranda étouffante la journée et pleine de moustiques la nuit !

Brendan Benson est né en 1970 dans le Michigan, dans la banlieue de Detroit. Mais son père a envie de vivre dans le sud, alors ils partent s'installer en Louisiane, dans la banlieue de New Orleans. A la maison, ses parents écoutent les Stooges, Bowie, les Wings et Roxy Music, replacé dans le sale contexte des 70's, ce n'est pas si mal et tout ceci influencera évidemment Brendan.

Vers 1980, ses parents de séparent et Brendan va alors passer de la Louisiane au Michigan (16h59 en voiture en prenant la I-59 N, la I-65 N et la I-75 N selon google maps) tantôt chez papa, tantôt chez maman. Je n'ai pas réussi à savoir à quel moment précis ça s'est passé, je ne sais pas non plus si c'est le père ou la mère qui bénéficia de la garde et, en fait, je ne suis finalement sûr de rien mais admettons que Brendan finira par rester à Detroit où il passera son adolescence.

C'est donc à Detroit qu'il partagera sa passion pour le Mersey Beat, le Glam Rock, le Punk, le Blues et la country (personne n'est parfait) avec son ami John Antony Gillis. John Antony épousera plus tard Meg White et, contre toutes les conventions de notre monde phallocrate, il choisira de prendre le nom de famille de sa femme et en profitera pour changer son prénom ridicule par un simple "Jack" qui, tout le monde le sait une fois qu'Alex l'a expliqué, est le diminutif de John. Ainsi naîtront Jack White et les White Stripes. La question que je me pose est simple : Brendan appelle-t-il Jack White "John Antony", "John", "Antony" ou "Jack" pendant les répétitions des Raconteurs ?

Brendan et John Antony apprennent à jouer du rock ensemble et Brendan se montre vite très doué puisqu'il joue aussi bien de la guitare que de la basse que du piano que de la batterie et il a une belle petite voix et un sacré talent pour les mélodies.



En 1996, Brendan est signé par Virgin qui s'est enthousiasmé sur ses maquettes et il s'installe à Los Angeles pour enregistrer un album. Mais pendant les enregistrements, il y a du mouvement de personnel dans le label et le nouveau responsable n'est pas satisfait du résultat. Il oblige Brendan à tout ré-enregistrer avec un nouveau producteur, Ethan Johns (dont la seule gloire à l'époque est d'être le fils de Glyn Johns qui produisit Combat Rock de Clash, ça fait classe, mais surtout les 3 premiers albums des regrettables Eagles, c'est moins bien). Lorsque l'album sort, il a de bons échos chez la critique mais Virgin n'appuiera pas le disque et les ventes seront décevantes. Argument qui servira au label pour renvoyer Brendan Benson.

One Mississippi est pourtant un bon album avec une intro assez fracassante en 2 courts morceaux (Tea qui présente le Brendan pop, suivi de Bird's Eye View qui introduit le Brendan vénère) et il contient, outre House In Virginia, d'autres belles mélodies comme Me Just Purely, How 'Bout You, Emma J ou Cherries. Je pense même qu'il s'agit de son meilleur album car il arrive à ne pas trop dépasser la ligne qui sépare Paul Mac Cartney de Billy Joel ni celle qui sépare le premier album du Paul Collins' Beat des Knack.

Quoiqu'il en soit, Brendan est jeté de chez Virgin comme un malpropre et il le prend plutôt mal puisqu'il repart à Detroit et sombre dans une dépression dont il ne sortira réellement qu'en 2002 avec son deuxième album. Mais nous n'en sommes pas encore là et, entretemps, avec le reste de l'avance accordée par Virgin, Brendan peut s'acheter un studio d'enregistrement qu'il aménage en logement. Quand certains font du home-studio, lui, il fait du studio-home ! Dans ce studio, dont il sort très peu, il produira plusieurs petits groupes comme The Nice Device ou les Greenhornes (dont 2 des membres seront l'autre paire des Raconteurs). Et il continue à écrire et enregistrer des morceaux car il ne peut pas s'en passer et après 5 ans de déprime, il signe avec un petit label indépendant.

Ce sera Lapalco, paru en 2002. Ce deuxième album contient plusieurs bons morceaux comme Folk Singer, Life In The D, Good To Me, Pleasure Seeker ou Meaning to Write avec son harmonica inquiétant. Mais, à la ligne "Billy Joel" souvent dépassée, s'ajoutent régulièrement des guitares un peu trop grasses, des synthés souvent agaçants ou des chœurs trop américains façon Paul Collins' Beat en slip sale. Cet album est inégal et les morceaux qui le composent le sont eux-mêmes, il peut y avoir de superbes couplets gâchés par des refrains sirupeux ou des couplets rock F.M. suivis par des refrains magnifiques. Par exemple Eventually a une très belle mélodie de couplet gâchée par une guitare solo que je qualifierais tout simplement de vulgaire et par un refrain plus que passable. On pointe là le principal défaut du bonhomme qui répètera à peu près le même album avec les mêmes défauts en 2005, Alternative To Love. Les meilleurs moments de cet album sont le très bon (quand même) Them And Me, Biggest Fan et aussi What malgré son pont et ses paroles ringards. Le pire se mêle au meilleur.

En 2006, il fonde les Raconteurs avec Jack "John Antony" White et les deux gars des Greenhornes. Leur aventure commence quand Brendan demande un coup de main à son ami Jack sur un morceau pour lequel il ne trouve pas de paroles. Cette chanson deviendra Steady, As She Goes leur premier tube mais c'est une autre histoire !

L'épisode Raconteurs vaudra enfin à Brendan la notoriété qu'il mérite.

Son dernier album est sorti en 2009, il s'appelle My Old, Familiar Friend et contrairement à ses 3 albums précédents, il n'y joue pas tous les instruments. A l'écoute, on s'aperçoit que Brendan a toujours les mêmes défauts mais aussi les mêmes qualités ! Feel Like Taking You Home avec sa ligne mélodique entêtante et sa batterie qui roule et crashe ou Lesson Learned avec cette légère dissonance mélodieuse sont de très bonnes chansons. Le reste sonne un peu trop commercial pour mes oreilles (de la "musique de fille", quoi&nbsp!) mais il est indéniable que les morceaux ont du relief et que Brendan, après presque 15 ans d'expérience, sait y faire...

Vous l'aurez peut-être compris, je préfère ses ballades à ses rocks F.M. graisseux et je n'aime pas son sirop "Billy Joel" mais Brendan Benson est un fier représentant de la Power Pop actuelle et, à ce titre, il mérite sa place sur le regalblog !

Sittin' Pretty, live en France en 1996 :


Metarie, live acoustique avec un copain qui joue de l'œuf et fait les chœurs :


Life In The D, live acoustique avec le même pote à l'œuf :


Spit It Out, TV Show live, 2005:


Garbage Day, live en studio, 2009:


Bonus audio: Me Just Purely de One Mississippi:


Autre bonus audio, I Feel Like Taking You Home extrait de son dernier album My Old, Familiar Friend :

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