mardi 19 octobre 2010

Garage Pop



Aujourd'hui, je ne vais pas vous parler d'une seule chanson ni même d'un seul groupe mais plutôt d'un genre musical cher à mon cœur, le sixties punk.

Entre 1964 et 1968, partout autour de la planète, mais plus spécialement aux Etats-Unis, des centaines de milliers de kids décident de monter des groupes de rock et de copier les Beatles, les Rolling Stones, les Yardbirds, les Animals ou les Zombies qui viennent d'envahir les ondes radiophoniques avec ce qu'on appelle la British Invasion.

Aux states, les répétitions se déroulent généralement dans le garage de la maison familiale d'un des musiciens, d'où l'appellation commune de "garage rock" qui est affublée à tous ces petits groupes américains dont le style peut pourtant varier de la popinette la plus sucrée au punk-rock le plus sauvage en passant par toutes les strates du blues brut au psychédélisme le plus acide. Parfois, le même groupe, sur le même 45 tours, sortira une ballade pop sucrée sur la face A et un brûlot psychédélique sur la face B… C'est ce que j'aime dans ce genre musical, il est varié, contrairement à ce qu'en pensent les mauvaises langues et les adeptes de fri-jaze ou de Michel Jonasz.

Il y a aussi évidemment des variations importantes de qualité entre les enregistrements, du plus sale au plus propre (si, si, ça arrive). Mais pour être amateur de sixties punk, il faut accepter d'écouter des enregistrements approximatifs et il est même conseillé d'apprécier la chose ! L'imagination prend la relève où la technique fait défaut. Je crois même que certains morceaux que j'adore, s'ils étaient "bien produits" sonneraient tout de suite moins bon à mes oreilles et perdraient une large part de leur charme.

Ce qui est assez peu variable en revanche, surtout au début de cette vague, c'est la piètre qualité de certains des musiciens. C'est d'ailleurs cette maîtrise malhabile qui amènera Lenny Kaye à définir ce style musical comme "punk" en 1972 lorsqu'il sort la première compilation Nuggets, double 33 tours qui regroupe la fine fleur de ces groupes oubliés au fond du garage. Mais de toutes manières, qu'est la dextérité du professionnel face à la passion du débutant ? A mon avis, pas grand chose ! Et je préfèrerais toujours le solo foireux de Louie Louie à n'importe quel solo virtuose de n'importe quel hard-rockeux du multivers.

Je vais m'intéresser plus précisément à un sous-genre que, faute de mieux, j'appellerais "garage-pop", des chansons plutôt mélancoliques qui ont plus à voir avec les Beatles qu'avec les Stones, plus à voir avec les déboires amoureux adolescents qu'avec la révolte estudiantine, plus à voir avec les bisous qu'avec les pains dans la gueule.



Un des représentants les plus parfaits du garage pop, ce sont les Dovers. Ce groupe, originaire de Santa Barbara et dont on sait très peu de choses, produisit quatre 45 tours entre septembre 1965 et mai 1966. Ils sont tous excellents dans le genre ballades mélancoliques et fraîches comme la rosée du matin. Ils se placent clairement dans un style entre les Beatles et les Byrds, juste au croisement entre la pop, le folk et le tout début du psyché. She's Not Just Anybody, la face A de leur quatrième et dernier 45 tours, est une pure réussite : les guitares sont cristallines et piquantes, la mélodie est triste et mélancolique à souhait et ce break, quel break ! Après un pont vocal qui fait monter l'intensité du morceau, c'est le batteur qui prend les rênes en roulant des tomes comme un forcené, appuyant ainsi le riff de guitare que la basse débridée ainsi qu'un légère fuzz, un changement de clé et la frénésie croissante du batteur vont sublimer. Bien sûr, il faut écouter attentivement pour démêler tout cela de la production garage !



Kenny And The Kasuals était un groupe de balloche qui sévissait au Texas et alentours entre 1964 et 1967. Ils avaient beaucoup de succès chez eux et les filles s'évanouissaient à leurs concerts mais ils n'obtinrent cependant aucun écho au niveau national. Ils touchèrent avec brio à tous les styles de l'époque : le Rythm'n'Blues avec leur reprise de Money, la British Invasion en reprenant You Make Me Feel So Good presque mieux que les Zombies, le garage pur beurre avec Nothing Better To Do, le psychédélisme avec leur tonitruant Journey To Tyme et le garage pop de la meilleure facture avec Raindrop To TearDrops. En 1 minute et 47 secondes, on se retrouve dans la peau de ce pauvre jeune homme qui vient de se faire larguer et quémande un peu de pitié et de compréhension à la belle sous un ciel pluvieux… Ici, les musiciens ne sont pas gauches et le guitariste en particulier fait montre d'une certains dextérité qui, fort heureusement, ne vient pas gâcher la fraicheur et la fragilité du morceau. Notez l'intro et le final identiques qui, tel le rideau d'un théâtre humain, ouvre et referme cette petite tranche de vie adolescente et navrante. Pour ma part, je trouve que c'est un morceau qu'il est bon d'écouter plusieurs fois de suite et je crois que s'il avait été plus long, il aurait été moins bon !



Les Rationals sont originaires de Ann Arbor dans la banlieue de Detroit. Ils côtoyèrent les futurs stars de la région comme Bob Seger, Fred "Sonic" Smith (MC5 et mari de Patti Smith), les frères Asheton (Stooges) et James Jewel Osterberg mieux connu sous son surnom d'Iggy Pop qui joue d'ailleurs de la grosse caisse (!) sur I'm Feeling Lost, deuxième 45 tours du groupe sorti début 1966. Les Rationals voulaient que la grosse caisse soit vraiment syncopée et leur batteur avait du mal alors ils ont appelé Iggy à la rescousse. Ce morceau, avec la guitare acoustique qui martèle le rythme, la guitare électrique claire et pleine d'écho qui scintille, la mélodie un peu rêche et les chœurs tristes fait vraiment penser aux Beatles de For Sale (I'm A Looser par exemple) mais aussi aux Kinks des débuts, ça c'est pour le coté pop. Le garage, on le trouve dans la production plutôt sale et légèrement confuse mais aussi dans la voix un peu agressive sur certaines fins de phrases. Ce qui me rend ce morceau si attachant (outre cette grosse caisse vraiment syncopée, bravo Iggy !), c'est sa mélodie complexe et, surtout, ce break étrange qui fait le lien entre refrains et couplets et sert également d'intro et de final (je ne vous refais pas le discours du rideau de théâtre humain mais le cœur y est !).



Les Neighb´rhood Childr´n ont un nom à coucher dehors, c'est bien mais ce n'est pas suffisant pour figurer dans cet article. Leur morceau Please Leave Me Alone est remarquable car c'est un bon exemple du mélange réussi entre la pop (une mélodie un peu cucu), le folk (la guitare acoustique et les chœurs), le psyché (la basse fuzz, l'utilisation d'instruments "classiques" ou le roulement de batterie) et le garage (pour la production, certes claire mais un peu approximative). Le groupe est originaire d'un minuscule bled paumé, Phoenix, Oregon (rien à voir avec Phoenix, Arizona et encore moins à voir avec Phoenix le groupe popinet français) mais c'est à San Francisco qu'ils feront "carrière". J'apprécie particulièrement la batterie dont on a nettement l'impression qu'un coup sur deux est à côté de la plaque, c'est ce qui donne cette fragilité particulière à ce morceau et il en devient touchant.

J'aurais aussi pu (et peut-être dû) parler ici des Remains, des Rockin' Ramrods, des Beau Brummels, des Unrelated Segments, des Squires, des Fantastic Deejays, de Lemon Fog, de Phil and The Frantics, des Choirs, des New Colony Six ou des Thursday's Child mais peut-être qu'une autre fois ?...

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