Quand on me dit "noisy pop" (et ça m'arrive souvent, comme ça, à la débottée, dans la rue, au supermarché ou chez mon coiffeur), je pense tout de suite aux Boo Radleys et à leurs superpositions de guitares saturées et de larsen. Mais les Boo Radleys savaient aussi faire juste de la pop, de la très bonne pop comme certains grands des sixties.
Reaching Out From Here est extrait de leur quatrième alboum, Wake Up!, sorti au printemps 1995.
La douceur de la voix et la mélodie mélancolique et calme me font penser aux Zombies, le groupe sixties, pas les morts-vivants (je préfère préciser pour l'homme au neurone unique dont je sais qu'il est un lecteur attentif de mes billets). Le solo de guitare est, bien entendu, tout de même plein de distorsions et il nous rappelle alors que toutes les chansons des Boo Radleys ressemblent aux Zombies saturés et que c'est pour ça qu'on les aime.
Formés en 1988 pas loin de Liverpool, les Boo Radleys, c'est surtout Martin Carr, guitariste, compositeur principal (en fait, pratiquement exclusif) et Sice Rowbottom, chauve à la voix suave et délicate. Mais il y a aussi le bassiste Timothy Brown et les batteurs Rob Harrison, Steve Hewitt (futur Placebo) et Rob Cieka (mais pas tous les trois en même temps, hein).
Ils sortent leur premier album, Ichabod and I, sur un petit label indépendant, Action Records, en 1990. Seulement 500 galettes sont éditées mais une d'entre elles arrive jusqu'aux oreilles de ce bon vieux et incontournable John Peel qui les aide à signer un contrat avec le label Rough Trade. Un EP, Every Heaven, voit le jour en 1991 mais, peu de temps après, le label ferme ses portes (la fin d'une belle page de l'histoire du rock anglais). Heureusement, le groupe est récupéré par Creation Records, qui fera bientôt fortune avec les affreux Oasis.
En aout 1992, Creation Records sort Everything's Allright Forever, le deuxième LP des Boo Radleys. Musicalement, pendant toute cette période, le groupe passe d'un Shoegaze un peu mollasson (mais c'est plutôt normal pour du Shoegaze) à une noisy-pop toujours un peu mollassonne. La nuance est subtile, certes, mais elle annonce la suite.
En 1993, le groupe enregistre ce que beaucoup considèrent comme son chef-d'œuvre : Giant Steps. Sans aller jusqu'à utiliser ce terme galvaudé, je dirais pour ma part qu'il s'agit bien de leur meilleure fournée. Cet album agrège sans arrière-pensées ni aucun scrupule, leur shoegaze initial, la pop, le dub, des bruits électroniques, des larsens et des instruments classiques. C'est le seul disque où le groupe entier est crédité pour les musiques. On peut donc en conclure sans trop se tromper que ce maelström de sons a été construit en studio par l'ensemble des musiciens dans une folle ambiance d'expérimentations sonores (mais je m'emballe peut-être un peu).
En mars 1995, les Boo Radleys reviennent à une pop un peu plus standard et, après le succès critique, ils obtiennent le succès commercial avec leur troisième galette, Wake Up!. Le premier single extrait du disque, Wake Up Boo!, restera deux mois dans les charts anglais, atteignant le top 9.
L'année suivante, le retour à une noisy-pop très noisy et des morceaux complètement déstructurés sur C'mon Kids déstabilisera le grand-public qui ne suivra pas les Boo Radleys sur ce chemin bruyant et tortueux. Le virage est tellement abrupt qu'on pensera même que le groupe aura fait exprès de s'aliéner son nouveau public de Hit Kids. Cette théorie a été balayée d'un "ça aurait vraiment été con de notre part" par le chanteur lors d'une interview en 2005. En fait, le groupe croyait pouvoir amener le grand public avec lui sur un terrain plus expérimental. Erreur d'appréciation, folie des grandeurs ? En tout cas, ça n'a pas marché.
Un dernier album, Kingsize, plus apaisé mais pas suffisamment pour faire revenir le public et trop pour les fans de la première heure, verra le jour en 1998 avant que le groupe ne se sépare en début d'année suivante.
Tout au long de leur carrière, les Boo Radleys nous ont proposé une pop délicate enveloppée dans un écrin totalement noisy aux arrangements inventifs et souvent surprenants (qui peuvent tout de même au bout d'un moment provoquer un léger écœurement auditif) et les belles mélodies pondues par Martin Carr ont toujours été bien servies par la douce voix de Sice Rowbottom. Un must de pop anglaise en somme.
Hip Clown Rag, extrait de Ichabod and I :
Memory Babe extrait de Everything's Alright Forever :
I Hang Suspended, ouverture de Giant's Steps :
Lazarus, un des sommets de Giant's Steps :
Wake Up Boo!, live à la télé en 1995 :
What's In The Box, extrait de C'mon Kids, live en 1996 :
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